Alan Wilder : Les bases de ce morceau existaient déja sans que je m’en rende compte. J’avais déjà la musique en tête bien avant de rencontrer Joe, et les différentes parties du morceau illustrent bien je pense ma tendance à surcompenser l’absence de direction – en créant à la fois des structures dynamiques et des passages plus étirés. Jusqu’à ce qu’un texte vienne s’y greffer, je préfère conserver l’instrumental tel quel, sans trop y toucher. C’est la raison pour laquelle beaucoup de titres de Recoil deviennent de longs morceaux. Je ne dis pas ce que ce soit une mauvaise chose, c’est juste la façon dont je les compose qui induit ce format. Je pense que c’est ce que vous pouvez appeler « la marque de fabrique Recoil ». Il se trouve que mes disques favoris sont ceux que l’auditeur a besoin d’apprivoiser – des albums qui nécessitent quelques écoutes avant de réveler leurs arrangements et de détails encore plus subtils.
Après que j’ai pris contact avec Joe, j’ai écouté la plupart des musiques que j’avais déjà enregistrées et j’ai isolé « Killing Ground » (qui raconte une crucifixion). J’ai samplé la version acoustique de Joe et je l’ai placée par-dessus ma piste instrumentale. Avec un peu de savoir-faire technologique, j’ai réussi à caler parfaitement l’un sur l’autre et j’ai présenté ma version à Joe. D’un accord commun, nous avons réenregistré sa partie correctement et changé un peu le texte pour aboutir à un résultat composite.
présentation de la chanson INTRUDERS par Alan Wilder :
AW : Probablement le morceau qui a été le plus difficile à mettre en boîte. J’avais réussi à créer une bonne atmosphère dès le début et je savais que je voulais aller jusqu’au bout – mais je n’arrivais pas à faire en sorte que le texte s’y adapte. Joe a écrit plein de couplets que je n’ai pas pu utiliser, à l’exception d’un seul. Bien avant cela, Carla m’avait apporté plein d’idées que nous avions remis en forme tous les deux. Je ne dirai pas que le résultat à l’arrivée sonnait de manière trop conventionnelle, mais c’était ce qui me faisait peur. Je crois aussi que l’idée qu’on avait eu au sujet des paroles a pas mal évolué, et je pense que mon interprétation est différente de celle de Carla, mais personnellement j’ai le sentiment que Intruders traite de la paranoïa et du sentiment de ne jamais se sentir à l’aise (ou à l’abri) sans craindre que quelqu’un (ou quelque chose) vienne te miner.
Je ne tarirai jamais d’éloges au sujet de l’attitude très ouverte du groupe de Joe. Il y a un passage de 5 minutes à la fin de Intruders qui est en fait une improvisation entre Joe, Richard et John, on a juste fait une seule prise, et je crois qu’elle montre bien l’éclectisme des musiciens impliqués dans le projet. Paul Kendall rampait par terre pendant l’enregistrement en se débattant avec les pédales d’effet de Joe, donc je pense que c’était probablement le moment où nous étions tous le plus mobilisés.
présentation de la chanson 99 TO LIFE par Alan Wilder :
AW : une histoire beaucoup plus directe, celle d’un homme qui se met dans le merde et qui finit au pénitencier avec absolument aucune chance d’en sortir. Je n’ai pas voulu creuser trop profondément dans le passé de Joe au cas où cette histoire lui ait été inspiré par sa propre expérience ! Depuis, il m’a expliqué que son texte est inspiré d’une histoire vraie, apparemment celle d’un ami à lui. Même si le thème musical est apparu très en vite, c’est un morceau qui a été difficile à terminer, notamment en raison de toutes les différentes parties qui s’emboîtent les unes dans les autres. Ce n’est vraiment que quand on a eu terminé le mix que j’ai fini par être satisfait. J’ai voulu symboliser l’intensité du caractère répressif de l’incarcération en utilisant des sons de métal et de verre associés au groupe qui est très présent à la fin du morceau.
