20170529 – Vie de couple : trop de boulot, libido à zéro – Madame Figaro

Si l’arrivée d’un bébé justifie souvent la disparition temporaire du désir, d’autres facteurs peuvent également jouer. Photo RubberBall Productions / Getty images

 

À s’investir à corps perdu dans leur travail, les femmes ne trouvent plus d’énergie pour vivre leur sexualité. Analyse et conseils d’experts pour regagner une vitalité intérieure salvatrice.

Pas facile d’aborder le sujet. Quand on a «tout pour être heureuse» (bien dans sa peau, dans son boulot, dans son couple…), et qu’on est décidée à réussir sur tous les fronts, comment avouer qu’il y a tout de même une ombre au tableau, une part de vie un peu moins triomphante… Surtout quand c’est au chapitre sexe que s’inscrivent des ratés, à une époque où l’épanouissement en la matière fait partie de la panoplie des gagnant(e)s…

“C’est le nouveau mal du siècle !”

«Je n’en suis pas très fière, j’en parle peu, reconnaît Hélène. Pourtant, quand on lance entre amies le sujet, chacune a son mot à dire. Certaines traversent de vrais déserts sexuels. C’est le nouveau mal du siècle !» À 42 ans, Hélène est responsable marketing dans une grosse société d’informatique. Un poste qui lui plaît mais dévore par périodes tout son temps et son énergie. «J’ai une pression et des horaires lourds, explique-t-elle. Et comme j’ai la “chance” de pouvoir travailler à la maison, les jours où je rentre plus tôt, dès que j’ai couché mes deux enfants, je me reconnecte. C’est un vrai problème, ce no limit entre vie pro et vie perso. Quand j’arrive dans mon lit, souvent je n’ai plus envie de rien : j’aspire au vide.»

Pas grave, pense Hélène. Son mari, encore plus débordé mais toujours désirant, ne lui a pas encore posé d’ultimatum («ça ne peut pas continuer comme ça»). Et puis, elle est «vigilante» : ils se retrouvent pendant les vacances… Quand beaucoup de couples autour d’eux sont en train d’exploser. Caroline, 35 ans, chef de pub dans un groupe de presse, en couple avec Antoine, directeur artistique, aussi work addict qu’elle, vit le même syndrome, à sa manière : «Il y a des périodes où on oublie de faire l’amour, on est plus en mode câlins, explique-t-elle. Parfois ça dure des mois. Il suffit d’un week-end loin de tout, et ça repart.»

Horaires élastiques, fatigue et stress chroniques

La concurrence boulot-libido est devenue un phénomène de société. «La fatigue accumulée durant votre journée de travail vous a-t-elle déjà empêché(e) de faire l’amour le soir ?» La question a été posée il y a cinq ans à plus de 1 500 salariés (1). La réponse ? Oui, pour 72,6% des répondants. «Avez-vous l’impression que le stress au travail joue un rôle négatif sur votre vie sexuelle et amoureuse ?» Réponse : oui, à 66%, avec un pic de 70% chez les cadres. Un quart d’entre eux (23,8 %) confessent même des «troubles sexuels». Plus précisément, des «troubles du désir», pour 84% de ces femmes et 65,4% de ces hommes.

«C’est encore pire en 2017», affirme Jean-Claude Delgènes, directeur général de Technologia, qui a commandité l’étude (cabinet d’expertise spécialisé dans les risques psychosociaux). «L’emprise du travail et son pouvoir symbolique sur la vie sexuelle et amoureuse ne font que s’aggraver.» Tendre n’est plus la nuit…

Horaires élastiques, fatigue et stress chroniques, prise de médicaments pour tenir le coup, rapports sexuels bâclés… Jean-Claude Delgènes égrène tout ce qui coupe les ailes à la libido. En première ligne, les fameuses NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication), qui permettent au travail de s’immiscer désormais dans la sphère très privée.

«Les individus n’arrivent plus à lâcher prise, résume-t-il. On leur en demande de plus en plus, mais ils sont souvent eux-mêmes compulsifs avec le travail, de plus en plus connectés, même en vacances ! Si l’on veut sauver la libido, il faut faire des arbitrages, dégager du temps pour soi. Peut-être travailler différemment, moins et mieux.»

Le syndrome DSH, désir sexuel hypoactif

Trop de boulot, zéro libido.

Le désir est en danger, il existe même un terme aujourd’hui pour désigner le syndrome : DSH (désir sexuel hypoactif), qui «affecterait la moitié des femmes adultes», alerte le sexologue Pascal de Sutter, dans un article sur le site masantésexuelle.com. En cause, «le double travail» qui leur demande de «performer sur tous les plans. Elles se passent très bien de sexualité, souligne-t-il. Elles disent juste “ne plus avoir envie” même si rationnellement elles voudraient bien “avoir envie”».

Envie d’avoir envie, cela peut faire très mal. Les cabinets de psys comme de sexologues voient aujourd’hui affluer un type nouveau de patientes qui souffrent du même symptôme, malgré des enjeux socioprofessionnels très différents. «La fatigue physique est la grande responsable», confirme Patrick Papazian, médecin sexologue hospitalier, auteur de Parlez-moi d’amour !, (Éditions de l’Opportun). «Cela vaut pour une caissière qui souffre de troubles musculo-squelettiques et dont le corps est devenu un ennemi, comme pour une businesswoman explosée par les jet lags à répétiton. L’autre ennemi, c’est le stress.»

La grande différence, c’est que pour les unes, le travail est subi dans la peine. Celui-là peut tuer la libido à petit feu, l’absence de désir pouvant même devenir à la longue un signe de burn-out ou de dépression. Alors que chez les exaltées du travail, toutes celles qui «prennent leur pied au boulot», la libido ne meurt pas, elle change simplement d’objet. Elle se déplace. Sublimation de la pulsion sexuelle ? Le travail peut, de fait, devenir un amant magnifique.

La jouissance trouvée dans le travail

À 33 ans, en plein boom professionnel dans une société de jeux vidéo, Claire, ex-sex addict (c’est elle qui le dit en riant), traîne un «no sex» arrogant depuis bientôt trois ans. «Je m’éclate tellement dans mon travail qu’il est devenu ma priorité. Je ne compte pas mes heures, j’en rêve la nuit, je trouve des solutions au réveil… Forcément, il n’y a plus de place pour grand-chose, surtout pas pour un homme. Même mes sex-friends ont arrêté d’appeler. Le pire, c’est que ça ne me manque pas.»

Combien sont-elles aujourd’hui, créatrices de start-up, avocates, chirurgiennes ou femmes politiques, à trouver tellement de jouissance au travail que le sexe a du mal à rivaliser ? «La libido, c’est une décharge d’hormones, explique Florence Lautrédou, psychanalyste et coach, auteure de L’Amour, le vrai, (éditions Odile Jacob). Œstrogènes, mais aussi dopamine, endorphine, sérotonine, adrénaline…, qui sont les hormones du plaisir et de l’action. Exactement les mêmes que sécrète l’«état de flux» (l’expression est du psychologue hongrois Mihály Csíkszentmihályi, NDLR) que peut provoquer le travail : on est tellement emporté(e) dans ce qu’on fait que tout paraît fluide, on se sent “au top”, on ne voit pas le temps passer… Comme quand on était petit(e), qu’on jouait avec un copain et que soudain on entendait : “au bain !”. C’est un état d’extrême présence.»

Créer un sas de décompression

Ce n’est pas Camille, 47 ans, qui dira le contraire. Romancière, elle décrit le travail d’écriture comme une vraie alternative à l’amour. «J’ai des souvenirs plus intenses d’écriture que de moments de sexe, avoue-t-elle en riant. Plus précis… C’est un état d’exaltation, de jouissance. Quand j’écris, j’oublie tout, tout ce que j’ai tant de mal à oublier quand je fais l’amour. Il n’y a plus de place pour rien. C’est presque masturbatoire. Je n’ai besoin de personne, je suis sûre de trouver mon plaisir.» Orgasme garanti. C’est tellement plus simple, au fond, avec le travail, tellement moins risqué que dans la relation amoureuse…

«Le désir sexuel suppose une dimension d’échange, de partage, de don, souligne Florence Lautrédou. La relation à l’autre. Dans le travail, la jouissance est davantage solitaire. Aussi, quand on arrive du boulot chez soi “en high”, comme sous cocaïne, on est sur une autre planète. Il se trouve que l’autre n’est pas dans le même état, ou l’est également mais alors chacun est dans sa bulle narcissique. Pour entrer en phase avec l’autre, un ajustement est nécessaire, une synchronisation. Pour que la rencontre sexuelle ait lieu, il faut savoir s’arrêter et aménager un espace pour son partenaire.»

L’art du sas, cet espace-temps où l’on «redescend» vers l’autre, et vers soi, où l’on se rend disponible… C’est ce que prêche aussi Patrick Papazian, même dans des cas moins extrêmes. «Le travail, c’est étymologiquement la contrainte, le contrôle, tout le contraire de l’abandon que nécessite le désir, rappelle le médecin. À quelques exceptions près, il impose l’asexuation des rapports humains. Pour les femmes, en particulier, il exige d’étouffer tous les signaux de désir si l’on veut mener sa carrière le plus sereinement possible. Il faudrait donc huit ou dix heures par jour, gommer toute expression de son être sexuel, animal, et soudain, de retour à la maison, passer en mode sexe, désirer, être conquise, se laisser approcher… Ce n’est pas facile de switcher, il n’y a pas d’interrupteur On/Off. Pour que le désir s’installe, il faut se créer des sas d’érotisation, se faire belle, faire du sport, s’autoriser à passer trois heures chez le coiffeur, et prendre du temps avec l’autre…»

Créer des ponts, passer d’un monde à l’autre en douceur, jouer sur tous les tableaux. Cesser d’opposer vie pro et vie perso, mais en faire des alliées. Elles se nourrissent à la même source, et alors ? Le désir est un réservoir inépuisable.

(1) Enquête Technologia/ UMC, Les effets du travail sur la vie privée.

Source : Vie de couple : trop de boulot, libido à zéro – Madame Figaro

 

Avis Pimpf : même si l’article s’oriente pas mal sur les femmes,  la réciproque reste vrai chez les hommes aussi, le boulot, certains évènements de la vie le stress , et certaines types de maladie, tout peut être un frein à la libido et aux relations dans le couple, il faut savoir en parler , communiquer et ne pas laisser les problèmes s’installer même si ce n’est pas évident.

20170521 – Thérapie de couple: mieux vaut tôt que tard | Charles-Édouard Carrier | Vivre

PHOTO ARCHIVES REUTERS, CARLO ALLEGRI

Selon l’avis de plusieurs professionnels, les conjoints attendent trop longtemps avant de consulter lorsque le couple va mal. Les frustrations et les sources d’irritation en viennent à prendre beaucoup de place dans le quotidien et c’est souvent en dernier recours que l’on songera à la thérapie de couple.

Michel* est père de deux garçons, âgés de 4 et 6 ans. À l’arrivée du deuxième enfant, son couple s’est mis à battre de l’aile jusqu’au jour où sa femme lui a avoué avoir eu une aventure avec un autre homme. « Nous étions conscients que ça n’allait pas bien entre nous. Nous avons pris nos distances chacun de notre côté. On minimisait les choses. Puis, elle m’a avoué son aventure. Ça nous a secoués. On s’est dit qu’on devait arranger ça, on ne pouvait pas laisser ça aller, surtout pour les enfants. On a rencontré un psychologue pendant deux mois. Mais malgré les efforts, on n’y est pas arrivés. Il était trop tard », confie l’homme de 43 ans.

OBSERVER LES SIGNAUX D’ALARME

Pour Yvon Dallaire, psychologue et auteur, à partir du moment où un des besoins légitimes de l’homme ou de la femme est frustré, le couple est en péril. « Que ce soit au niveau de la sexualité, de l’affection, de la confiance ou de la communication, s’il y a des choses qui sont frustrantes, le couple est sur la pente descendante. »

Du côté de Michel, comme c’est le cas de bien d’autres couples, l’option d’une démarche en thérapie conjugale n’a été considérée qu’à la toute fin.

« J’ai l’impression que les gens viennent tard dans la problématique, en dernier recours. Ils ont essayé plein de choses, ils veulent arranger les choses, ils traînent ça pendant des mois, des années, d’autres problèmes s’ajoutent, puis on demande au thérapeute de sauver le couple. Ils sont déjà très enlisés. »

– Marie-Eve Demers-Morabito, sexologue et psychothérapeute

Il existe plusieurs approches en thérapie, différentes écoles de pensée sur lesquelles se basent les thérapeutes pour mener à bien leurs interventions. Comment s’y retrouver en tant que couple ? Pour Ghassan El-Baalbaki, psychologue thérapeute conjugal et directeur adjoint au département de psychologie de l’UQAM, « la thérapie conjugale est axée sur l’intégration de différentes techniques. Pour certaines personnes, une approche peut fonctionner mieux alors qu’une autre fonctionne moins bien ».

Il n’y a pas un cadre théorique nécessairement meilleur qu’un autre, c’est plutôt le thérapeute lui-même qui aura à reconnaître les forces et les limites de son approche. « Il se peut que le couple ne se sente pas à l’aise dans la relation interpersonnelle qu’il a avec le thérapeute, peu importe l’approche. Il ne faut pas continuer si on ne se sent pas à l’aise, s’il n’y a pas une bonne alliance », prévient le psychologue.

L’ENGAGEMENT DU COUPLE DANS LA THÉRAPIE

Pour mener à bien la thérapie, le couple doit apprendre à parler des émotions qui sont ressenties de part et d’autre, une chose pas toujours simple, comme le remarque Mme Demers-Morabito. « Pour la plupart, c’est plus difficile de parler de leurs émotions que de parler de leur sexualité. Ça les rend encore plus vulnérables. »

Puis, au-delà des rencontres périodiques avec le thérapeute, les couples doivent aussi s’investir dans la démarche qu’ils entreprennent.

« La thérapie, ce n’est pas juste une heure par semaine dans le bureau, ça continue aussi à l’extérieur, c’est ça le plus important. Le couple doit être capable d’intégrer les outils reçus en thérapie pour justement les utiliser à la maison. »

– Marie-Eve Demers-Morabito, sexologue et psychothérapeute

Si plusieurs couples arrivent à retrouver une certaine harmonie avec l’aide d’un professionnel, pour d’autres, c’est malheureusement l’étape qui précède la séparation. « Souvent, je n’ai pas besoin de le leur dire, plus je leur pose des questions, plus ils finissent par se rendre compte d’eux-mêmes que ça ne peut pas fonctionner », souligne Mme Demers-Morabito.

Pour sa part, lorsqu’il constate que le couple est continuellement en train d’escalader, Yvon Dallaire choisira de recommander aux conjoints la médiation. « Il y a des éléments que l’on peut voir, à partir du moment où l’un dit quelque chose et que l’autre est toujours en train d’infirmer ou de contredire, ou alors lorsqu’ils se disputent devant moi sans cesse. Je ne peux pas faire pour eux ce qu’eux-mêmes ne sont pas prêts à faire pour eux, c’est-à-dire désamorcer leurs conflits, leurs tensions. »

Comme dans tout conflit, la communication est souvent la clé. Et lorsque les mots ne suffisent plus pour le dire, l’aide d’un professionnel peut tout changer. C’est pourquoi il vaut mieux consulter le plus tôt possible et prévenir plutôt que d’en arriver à une situation qui devient toxique.

Et même lorsqu’un des deux conjoints refuse de participer, il y a des solutions et il ne faut pas hésiter à aller chercher de l’aide. « Ça prend deux personnes pour former un couple, mais une seule pour le transformer », conclut M. Dallaire.

* Pour se confier en toute liberté, Michel a requis l’anonymat.

LA TRILOGIE DU BONHEUR

En 40 ans de pratique, le psychologue Yvon Dallaire a vu défiler bien des couples dans son bureau. Auteur d’une trentaine d’ouvrages sur le sujet, il a publié ce qu’il appelle la « trilogie du bonheur conjugal », parue aux éditions Option Santé, dans laquelle il expose les principes mis en application lors des processus thérapeutiques. La trilogie comprend les livres Qui sont ces couples heureux ? Surmonter les crises et les conflits du couple, Qui sont ces femmes heureuses ? La femme, l’amour et le couple et Qui sont ces hommes heureux ? L’homme, l’amour et le couple.

Source : Thérapie de couple: mieux vaut tôt que tard | Charles-Édouard Carrier | Vivre

20170521 – News : S’engager en couple, c’est signer un contrat inconscient – Le Temps

«J’ai un nouveau copain, mais il ne veut pas aller plus loin.» Eh oui, ce sont des choses qui arrivent. Mais pourquoi? Et finalement, qu’est-ce que l’engagement à plus long terme?

En chantant «Je te promets» dans les années 1980, Johnny Hallyday garantissait monts et merveilles à la femme de sa vie. Ou du moins, celle du moment, et avec un petit avertissement dans les paroles: «Et même si c’est pas vrai, si on te l’a trop fait. […] Peut-être avec le temps à la force d’y croire, on peut juste essayer pour voir.» Ce bon vieux Johnny décrivait-il là sa difficulté à s’engager dans une histoire? Comme on dit: une femme avertie en vaut deux…

Toujours est-il que nombreux sont ceux et celles qui se plaignent d’être tombés sur un partenaire fuyant, laissant l’autre rongé par le doute et l’espoir. «Chacun a sa propre définition de l’engagement, et, en plus, n’a pas conscience de cette définition», explique la thérapeute de couple Imago Anouk Truchot. «Lorsque vous êtes engagé pour un job, vous avez un contrat de travail. Et si vous ne le remplissez pas, vous risquez de vous faire virer. Dans les couples, on n’établit pas de contrat auparavant. Tout est basé sur les histoires familiales, culturelles ou religieuses, sur nos croyances. A partir de là, nous créons un contrat inconscient.» Un contrat propre à chacun, établi en fonction de ses attentes et de ses manques.

Des réponses très variées

Lorsqu’on demande autour de soi ce qu’est l’engagement en couple, les réponses sont extrêmement variées. Quelques définitions en vrac, données par des hommes et femmes de 20 à 50 ans: être liés par des intérêts communs, faire preuve d’ouverture et de confiance, faire des choix au bénéfice du couple, consacrer à l’autre une place privilégiée au quotidien, prendre une responsabilité vis-à-vis du couple ou de la famille, fonder une famille, habiter ensemble, avoir des valeurs et des projets communs. Ou encore: être solidaire, avec un farouche désir d’aller dans la même direction avec amour, respect, empathie, générosité et tolérance. Autant dire que la notion est vaste… Et que si elle n’est pas respectée par l’autre, ou pas claire, la prise de distance risque d’être immédiate! La chute peut alors être rapide et douloureuse.

Ce non-engagement, ou désengagement, correspond à une blessure ou à une peur. Les femmes de 35-40 ans en savent quelque chose: nombreux sont les hommes qui disent ne pas vouloir s’engager, par crainte de la perspective «famille». Pauline*, 45 ans, ne souhaite plus vivre avec un homme. Ce qui, justement, fait partie des marques importantes d’engagement. «J’ai l’impression de les avoir tellement servis que j’ai une overdose. Et j’aurais peur d’être à nouveau privée de ma liberté de femme. Mais je pourrais aussi accepter de vivre avec quelqu’un, en m’affirmant et en négociant mes droits, en m’exprimant et en me faisant respecter. En faisant cela, je gagnerais certainement ma propre estime de moi!»

La peur, virus ambiant

Pour Anouk Truchot, la peur est un virus ambiant. Mais il est possible de modifier ce fonctionnement si l’on prend conscience des raisons pour lesquelles on ne s’engage pas, si l’on comprend quelles sont les blessures ravivées. «La plupart des gens pensent que l’engagement est une perte de liberté. Alors qu’il peut au contraire être le meilleur moyen de trouver sa liberté et de grandir. Mais il ne faut pas mélanger engagement et choix. Il faut prendre le temps de se dire: «Est-ce que cette personne me convient?»

Et la thérapeute de rappeler que s’engager à vivre avec quelqu’un au bout de trois semaines de relation est souvent une décision prise sous l’effet de la PEA (l’hormone de l’amour qui nous pose des lunettes roses sur le nez). «Beaucoup de gens ne parviennent pas à dépasser la phase de l’amour romantique. Tout à coup, ils réalisent que ce n’est du tout ce qu’ils voulaient, et c’est là qu’ils reculent.»

 

Source : S’engager en couple, c’est signer un contrat inconscient – Le Temps

 

Avis Pimpf : c’est un mal très moderne, de celui de ne plus vouloir s’engager, je ne dis pas qu’il faut s’emprisonner et se mettre dans une situation que l’on n’aimera pas mais le couple est aussi le symptôme global on ne s’engage pas en couple, dans des amitiés, dans la famille, dans tout car on ne veut penser qu’a soi, pas de limites  , pas de contraintes, rien à donner mais rien en retour aussi… Certes ce n’est pas toujours aussi évident, mais cela devient de plus en plus fréquent de nos jours…

20170521 – Quand le perfectionnisme perturbe la sexualité

Une recherche obsessionnelle de la perfection est susceptible d’affecter tous les domaines de la vie, y compris la vie sexuelle. Les normes sexuelles élevées – que l’on s’impose ou que l’on impose à son partenaire – peuvent altérer la vie sexuelle de celui ou celle qui les subit. Comment reconnaître le perfectionnisme sexuel et s’extraire de son carcan ?

Le perfectionnisme sexuel, des conséquences positives et/ou négatives

Subir la pression de son partenaire, de soi-même ou de la société pour être « parfait(e) » sexuellement n’est pas anodin, et peut altérer la confiance sexuelle. Le perfectionnisme sexuel conduit à cette pression, dont les conséquences ont été explorées dans une étude [1] publiée en 2016 dans les Archives of Sexual Behavior. Elle portait sur 366 femmes âgées de 17 à 69 ans. Celles-ci ont complété des questionnaires portant sur le perfectionnisme sexuel, l’estime sexuelle, l’auto-blâme en cas de problèmes sexuels, l’anxiété sexuelle et sur divers autres paramètres relatifs à la sexualité (excitation, désir, orgasme). Les mêmes questionnaires ont été remplis une seconde fois 3 à 6 mois plus tard.

Les réponses furent classées alors en quatre formes de perfectionnisme : vis-à-vis de soi-même, orienté vers le partenaire (les normes que le partenaire s’impose à lui-même), prescrit socialement (celles tirées de la société) et prescrit par le partenaire (celles que le partenaire vous impose).

Les deux premiers provoquaient une adaptation à la fois positive et négative. La première forme est associée à une augmentation de l’estime de soi, de « l’efficacité » sexuelle et de la satisfaction de la vie sexuelle ; en revanche, la préoccupation sur les « erreurs » commises durant le rapport était augmentée. La seconde forme est elle aussi associée de façon positive à ces critères, mais l’inquiétude était diminuée. En d’autres termes, s’imposer une certaine exigence dans le domaine sexuel peut avoir un impact positif sur la sexualité, à condition de ne pas se mettre trop de pression !

La pression nocive de la société et du partenaire

En revanche, le perfectionnisme induit par la société et par le partenaire avaient un retentissement négatif sur les différents paramètres évalués.

Dans le premier cas, il apparait corrélé avec l’anxiété, la dépression en lien avec la sexualité, la préoccupation due aux erreurs commises durant le rapport ; l’estime de soi et l’optimisme sur le plan sexuel étaient également diminués.

Dans le cas du perfectionnisme induit par le partenaire, les femmes souffraient davantage d’anxiété sexuelle, et se blâmaient à propos de leurs troubles sexuels. Elles avaient également plus de douleurs durant les rapports et d’anxiété. L’estime sexuelle, le désir, l’excitation, la lubrification et l’orgasme étaient diminués

Une autre étude [2] parue en novembre 2016, confirme l’impact négatif du perfectionnisme induit par le partenaire. La femme a tendance à prêter à son partenaire des attentes démesurées. En découle une pression importante, qui nuit à son orgasme. En effet, être spectatrice du rapport peut conduire à se détacher de ses sensations érotiques, et à s’éloigner de l’orgasme. Si la femme pense à sa cellulite ou à ses bourrelets durant l’amour, elle n’est pas dans les conditions propices et ne peut pas profiter sereinement de l’étreinte. D’après Annette Kluck, auteure de ces travaux, être exigeante avec soi-même n’est pas forcément un problème quand cette observation sert à décupler ses sensations érotiques ou à assouvir ses envies.

Que dissimule le perfectionnisme sexuel ?

En pratique, un perfectionniste a tendance à savoir à l’avance comment doit se passer un rapport et à imposer cette vision à sa partenaire. Il est déçu si cer apport ne se déroule pas de la manière anticipée. Il peut être critique sur les performances de sa partenaire au lit ; il est souvent plus intéressé par la performance sexuelle que par le partage émotionnel (faire l’amour quatre fois par semaine, une fellation de telle façon, avoir un désir permanent et important…) On comprend à quel point cela peut être frustrant et anxiogène pour le ou la partenaire. Mais aussi pour le perfectionniste !

« J’ai beaucoup de patients qui sont concernés, davantage chez les hommes que chez les femmes », commente Joëlle Mignot, psychologue sexologue. « Les hommes sont très sensibles au perfectionnisme, notamment par rapport à l’érection. On retrouve ce perfectionnisme dans la sexualité féminine aussi mais cela prend d’autres formes, plutôt autour du corps et de la norme, des critères physiques ». Dans les deux cas, le perfectionnisme est très délétère pour la sexualité, d’après la sexologue. « Plus il y a une quête de performance et de perfection, plus il y a de l’anxiété derrière cette quête. » Or, l’anxiété fait mauvais ménage avec la sexualité et le plaisir…

Trop d’exigences vis-à-vis de soi-même

Le perfectionnisme bloque entrave parfois profondément la vie sexuelle. Chez l’homme, il peut s’agir d’exigences comme avoir une érection sur demande. « Finalement ils ne s’écoutent pas, analyse Joëlle Mignot. Ils sont pris dans des schémas sociétaux, ou liés à leur propre histoire (en rivalité avec un père ou un frère), ou encore en lien avec une représentation de l’homme construite à partir des films pornographiques ».

Les femmes sont tiraillées entre des exigences multiples : être une bonne mère, une collaboratrice efficace, une bonne amante, etc. Et d’après la sexologue, les magazines féminins décrivent une image qu’elles ne reconnaissent pas et qui les angoissent : elles ne se sentent pas dans la norme. « Mais la perfection sexuelle n’existe pas ! » s’exclame-t-elle.

Pour la psychologue, la question du narcissisme est aussi au cœur de la quête de perfection, avec la volonté d’être le meilleur. « Il y a derrière un schéma inconscient, décrypte-t-elle. Mais être le meilleur par rapport à qui, à quoi ? »

Autre concept se cachant derrière le perfectionnisme : la volonté de satisfaire l’autre. Si l’intention est bonne en théorie, elle peut en pratique être excessive, et source d’angoisse et d’insatisfaction. Conséquence : on ne vit plus sa sexualité pour soi. « Les gens trop tournés vers l’autre s’oublient, et quand on s’oublie dans sa sexualité, on n’est pas heureux… »

Comment sortir du perfectionnisme ?

L’amélioration de la situation passe par le dialogue. Mais il peut être difficile avec un perfectionniste, qui redoute d’être vulnérable en abandonnant ses normes. Et un perfectionniste a rarement conscience de son « travers » d’après la sexologue. La (ou le) partenaire peut alors lui suggérer gentiment que la vie sexuelle s’enrichirait sans doute de davantage de spontanéité. Une autre option est d’inviter les jeux de rôle dans la chambre : la partenaire prend le pouvoir et dirige les rapports, qui seront moins codifiés et plus surprenants. Cette alternative a le mérite de lui faire du bien en augmentant sa confiance sexuelle, et de faire découvrir au partenaire l’excitation de ne pas être en charge du déroulement du rapport. S’il l’accepte…

On peut aussi proposer à son partenaire de consulter. « Au départ, les patients ne viennent pas pour leur perfectionnisme, ils n’en ont pas conscience, estime Joëlle Mignot. En parlant, on se rend compte qu’ils se sont mis dans un système dont ils sont prisonniers. » Et pour en sortir, la thérapeute fait prendre conscience du caractère vivant de la sexualité, comme se nourrir ou dormir. « On ne dort pas toujours pareil, on ne mange pas pareil, il y a aussi une variabilité dans la sexualité qu’il faut accepter, constate la sexologue. Et cela dédramatise beaucoup la faille. Alors plus c’est vivant, mieux c’est pour eux ! » Le thérapeute travaille donc avec son patient pour voir de quelle façon dont ils peuvent faire autrement, en adaptant à leur façon d’être. Les techniques comme l’hypnose ou la relaxation sont intéressantes parce qu’elles ouvrent le champ des possibles, qui est rétréci chez le perfectionniste. Elles aident à modifier le mode de fonctionnement, et à réinjecter de la spontanéité et du vivant dans la sexualité…


[1] Multidimensional sexual perfectionism. J. Stoeber, et al. Archives of Sexual Behavior (2013), 42, 1593– 1604.

[2] Sexual Perfectionism in Women: Not as Simple as Adaptive or Maladaptive. Kluck. Arch Sex Behav (2016) 45: 2015. doi:10.1007/s10508-016-0805-4

Source : Quand le perfectionnisme perturbe la sexualité

20170521 – « Charge mentale » : quatre réponses à vos amis qui assurent qu’ils partagent les tâches ménagères

La BD d’Emma met sous les projecteurs le concept de « charge mentale » : le fait que les femmes, en plus des tâches ménagères, ont à leur charge toute la partie logistique du fonctionnement d’un ménage. (EMMA / FACEBOOK)

Une bande dessinée de la blogueuse Emma, publiée le 9 mai, a fait un carton sur les réseaux sociaux. Elle parle d’un problème dont le nom était jusqu’ici peu connu : la charge mentale. Franceinfo fait le point pour vous, sans vous prendre la tête.

Vous, nos frères, nos cousins, nos mecs, vous avez sans doute dû voir passer cette petite bande dessinée. Postée le 9 mai, elle a déjà été partagée plus de 200 000 fois, lundi 15 mai. Emma, dessinatrice et auteure de la bande dessinée Un autre regard, nous parle de « charge mentale » et inscrit cette expression dans une revendication féministe. Ça vous agace déjà ? Franceinfo vous explique pourquoi ce n’est pas méchant, et même, pas inintéressant.

La « charge mentale », c’est quoi encore ce concept ?

La bande dessinée d’Emma, intitulée « Fallait demander », illustre une situation qu’elle juge classique. Elle arrive chez une amie alors que celle-ci est encore en train de s’occuper de ses enfants tout en gérant la préparation du repas. Quand arrive la catastrophe d’une casserole qui déborde, son compagnon jusqu’alors bien calé dans le canapé du salon lui rétorque que si elle avait besoin d’aide, « fallait [lui] demander ».

C’est ça, la charge mentale : en plus d’assurer sa part des tâches ménagères, la femme a, bien souvent, la charge de l’organisation et de la répartition de ces tâches dans le foyer. Son esprit est toujours occupé à anticiper, planifier et réguler le fonctionnement d’une maison et le bien-être de ses habitants.

Et ce concept n’est pas nouveau ! Selon Sandra Frey, sociologue et politologue spécialiste des questions de genre, contactée par franceinfo, la charge mentale a été pour la première fois évoquée dans les années 1990. A l’époque, la sociologue Danièle Kergoat, spécialiste de la division sexuelle du travail, se penche sur les revendications du mouvement des infirmières. L’une de leurs demandes est que leur travail soit reconnu comme une activité qualifiée, et non comme un prolongement de leurs supposés attributs « de femmes ». En poussant plus avant l’analyse des spécificités du travail dit « féminin », Danièle Kergoat met au jour cette notion de charge mentale.

Le marxisme s’est lui aussi penché sur la question. « On appelle ça, dans l’analyse marxiste, ‘l’entretien et la reproduction de la force de travail’. On dévolue toujours prioritairement aux femmes la satisfaction des besoins de chacun, enfant et travailleur, la bonne marche de la maisonnée », rappelle la sociologue.

Franchement, il n’y a pas plus urgent pour les féministes, comme se battre pour l’égalité des salaires ?

Les combats ne sont pas exclusifs, hein… Et, en réalité, tout est lié. Selon Sandra Frey, « la charge mentale est invisible, mais c’est l’infrastructure du sexisme dans notre société ». Elle est à la fois une cause et une conséquence de l’attribution de rôles sociaux en fonction du genre. Le fait que la femme doive être mentalement dévouée à son foyer insinue qu’elle n’est pas à sa place dans le milieu professionnel.  

C’est le pendant du plafond de verre dans la vie professionnelle. Mais ce n’est pas compréhensible si on n’a pas à l’esprit, ou qu’on ne veut pas voir, la prédominance du sexisme dans la société.

Sandra Frey, spécialiste des questions de genre

à franceinfo

La sociologue va même plus loin dans sa définition du phénomène : « C’est quelque chose de l’ordre de l’esclavagisme : c’est-à-dire un travail non rémunéré, nié dans sa valeur, non reconnu et illimité. » Car la charge mentale mobilise en permanence les femmes, les épuise, donc les handicape.

Sandra Frey voit un lien direct entre la charge mentale et le fait pour une femme d’interrompre temporairement une carrière, souvent à la naissance d’un enfant. « Les femmes qui arrêtent leur métier pendant un an, deux ans, le revendiquent, et c’est dénoncé comme traditionaliste. Mais si on a à l’esprit la difficulté d’affronter, de subir, de durer sur le quotidien dans ces conditions – tout ça pour parfois même pas le smic – le compte est vite fait pour elles. » C’est aussi une manière d’éviter le burn out.

Il y a quand même un impact positif de ce rôle permanent de chef de rang : les femmes développent de vraies capacités logistiques. Sandra Frey a mené une étude, La dimension du genre dans l’engagement politique local. Elle s’est intéressée à des femmes retirées de la vie professionnelle qui, à force de s’engager bénévolement autour de leurs enfants, sont repérées par des responsables locaux et font ensuite une carrière en politique. Problème : ce n’est pas la règle générale et, le plus souvent, on ne tient pas compte de cette potentialité.

Je fais ma part des tâches ménagères, moi. Qu’on ne vienne pas m’accuser de sexisme !

Comme le montrent les réactions suscitées par la BD sur Facebook, mais aussi les statistiques, c’est un peu plus compliqué que ça.

Une étude de l’Insee montre qu’en 2010, les femmes consacraient encore quatre heures par jour au « temps domestique », contre deux heures environ pour les hommes. Depuis 1986, l’écart a tendance à se resserrer, mais très lentement. S’il s’est réduit de 15 minutes en ce qui concerne la cuisine, il n’a diminué que de deux minutes pour ce que l’Insee appelle les tâches « diverses », catégorie qui regroupe entre autres la gestion du ménage ou l’attention portée aux autres adultes… La charge mentale, en fait.

L\'étude de l\'INSEE a porté son attention sur la répartition et l\'évolution du temps domestique des hommes et des femmes. 
L’étude de l’INSEE a porté son attention sur la répartition et l’évolution du temps domestique des hommes et des femmes.  (INSEE)

Sous la publication d’Emma, les réactions des hommes sont nombreuses et mitigées. « Merci de m’avoir ouvert les yeux car je me suis reconnu avec le ‘Si tu as besoin d’aide, tu me dis’. Nous attendons notre second enfant et même si parfois je prends des initiatives (…) je ne le fais pas tout le temps et laisse reposer la charge mentale sur ma compagne… », reconnaît un internaute. D’autres rejettent totalement le concept, comme celui-ci : « Ce sont sûrement des mots écrits par les créatrices du concept fantôme de pervers narcissique », ou cet autre : « Ou l’art de faire le buzz , je trouve votre avis et vision très peu progressistes, voire même réducteurs à souhait. »

La sociologue Sandra Frey a jeté un œil à ces commentaires : « Les hommes qui s’étonnent, ils sont en posture ouverte, c’est le stade 1 ! C’est normal que d’autres se sentent accusés : quand on déplace les représentations mentales, la première réaction peut être un choc. »

Car la charge mentale est le fruit d’un sexisme que l’on appelle structurel, et qui est inconscient : on peut être sexiste même sans le faire exprès, parce que certains éléments de notre éducation vont dans ce sens.

Et vous pensez vraiment qu’une BD sur Facebook va changer quelque chose ?

Ça y contribue. Pour les femmes qui vivent cette situation, lire la BD d’Emma a permis de mettre des mots sur une souffrance et de se rendre compte qu’elles n’étaient ni paranoïaques ni seules.

Autre avantage : aider à parler de cette réalité à ceux qui ne la vivent pas ou ne la comprennent pas – les hommes, la plupart du temps. Et nombreux sont ceux qui acceptent de se reconnaître dans ces situations du quotidien illustrées par Emma.

Pour Sandra Frey, l’efficacité de ce petit récit est certaine : « Il n’y a pas une façon de changer les choses, il faut activer tous les leviers.Tous les gens qui auront eu accès à ce débat peuvent prendre conscience. C’est super que cette réflexion leur soit offerte, c’est un mini-mai 68. »

Source : « Charge mentale » : quatre réponses à vos amis qui assurent qu’ils partagent les tâches ménagères

20170516 – Le clitoris représenté pour la première fois en détail dans un manuel scolaire

Une grande première. » Le collectif SVT Egalité, un réseau de professeurs qui lutte contre les stéréotypes dans l’enseignement, s’est réjoui dans un message publié jeudi 11 mai sur Facebook que le clitoris soit « enfin » bien représenté dans un manuel scolaire. Les éditions Magnard ont, en effet, proposé dans leur dernier ouvrage un schéma fidèle de cet organe féminin, qui est le grand absent des manuels de Sciences de la vie et de la Terre, au collège et au lycée.

 

« Tous les autres éditeurs (Belin, Bordas, Didier, Nathan, Hachette, Lelivrescolaire) ont recyclé leurs éternels schémas faux : sans clitoris, ou le mentionnant sans le représenter, ou en le réduisant à un organe de quelques millimètres », regrette le collectif SVT Egalité dans cette publication.

« J’ai rencontré en 2014 des membres du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) qui m’ont alertée sur cette question, explique Isabelle Magnard, la directrice adjointe de la maison d’édition, contactée par franceinfo. En sortant, j’ai demandé que cela soit corrigé dans les prochains ouvrages de SVT. »

« Le clitoris a été gommé »

Pourtant, cela fait des siècles qu’un schéma complet du clitoris existe. « Le premier a vu le jour en 1848 », explique Alexandre Magot, professeur et membre du collectif SVT Egalité. Lorsque le chirurgien britannique Henry Gray publie, en 1858, la première édition de son livre d’anatomie médicale, Gray’s Anatomy, l’organe sexuel y figure dans son entièreté. « Un siècle plus tard, il a totalement disparu de l’ouvrage. Il a simplement été gommé », déplore Alexandre Magot.

Ces dernières années, plusieurs initiatives ont voulu familiariser les femmes avec leur clitoris. En 2016, la chercheuse indépendante Odile Fillod a modélisé, grâce à une imprimante 3D, l’appareil à échelle réelle pour que les élèves puissent avoir une idée précise de sa taille. Sur le site de SVT Egalité, un schéma réalisé par Vincent Guili est à disposition des professeurs qui souhaitent en parler.

Sur le site de SVT-Egalité, un schéma de l\'appreil sexuel féminin est disponible en ligne. 
Sur le site de SVT-Egalité, un schéma de l’appreil sexuel féminin est disponible en ligne.  (Vincent Guili / SVT-Egalité)

Selon Alexandre Magot, les éditeurs de manuels scolaires sont tout à fait au courant de l’existence de telles ressources. « Nous sommes plusieurs enseignants à leur avoir écrit pour les alerter, et nous n’avons jamais eu de réponse », explique-t-il.

Un « sujet polémique » pour certains éditeurs

Contactées par franceinfo, les éditions Belin assurent n’avoir jamais reçu le moindre courrier. Et disent avoir cherché à favoriser « une représentation du sexe féminin en vue externe de face, qui a paru à nos auteurs la plus utile à l’enseignement ». Assurant que « la lutte contre les stéréotypes sexistes est une préoccupation de [ses] auteurs comme des éditeurs », la maison d’édition précise avoir accompagné leur schéma d’une légende explicite : « Organe érectile et érogène ».

Les éditions Magnard affirment également ne pas avoir reçu de courrier de la part de professeurs. « Je ne savais pas que nos schémas étaient erronés avant que le HCE n’attire mon attention là-dessus, explique Isabelle Magnard. Quand je l’ai su, je nous ai trouvés très ringards. On continue d’apprendre à tout âge. »

Les autres éditeurs de manuels scolaires contactés par franceinfo n’ont pas souhaité répondre à nos questions. « Nous ne voulons pas entrer dans des sujets polémiques », s’est justifié l’un d’eux.

Il y a une part d’autocensure très forte.

Alexandre Magot, professeur et membre du collectif SVT Egalité

à franceinfo

Interrogée par Buzzfeed en 2016, Odile Fillod a dénoncé la pression exercée par certains établissements scolaires. « J’ai eu l’occasion de faire des entretiens avec des contributeurs aux manuels de SVT, qui, lorsque je les ai questionnés sur la raison pour laquelle certains biais dans la présentation de la sexualité étaient présents, m’ont expliqué très clairement qu’ils avaient subi une censure, et que celle-ci était directement liée à la puissance de l’enseignement privé catholique en France », a déclaré la chercheuse indépendante.

Un organe sexuel méconnu

Pour Alexandre Magot, « connaître son corps est fondamental en termes d’éducation ». Mais selon un rapport sur l’éducation sexuelle remis en juin par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, un quart des filles de 15 ans ne savent pas qu’elles ont un clitoris et 83% des collégiennes en classe de quatrième et de troisième ignorent sa fonction.

Si l’absence de représentation fiable pose problème, d’après le professeur de Sciences de la vie et de la Terre, c’est parce que cette absence est fondamentalement sexiste : « Parler du clitoris, c’est aussi parler du désir féminin et ne plus le voir comme annexe. »

De son côté, Isabelle Magnard considère que la démarche de sa maison d’édition n’est pas du militantisme : « Notre rôle n’est pas de militer mais d’avoir des représentations qui tirent les choses vers le progrès. »

Source : Le clitoris représenté pour la première fois en détail dans un manuel scolaire

20170515 – Plus des deux tiers des enfants vivent avec leurs deux parents – Libération

Une enquête de l’Insee révèle que 9,7 millions d’enfants vivent dans des familles «traditionnelles», c’est-à-dire avec leurs deux parents, et près de 4 millions dans des schémas familiaux éclatés.

Sur les 13,7 millions d’enfants mineurs résidant en France métropolitaine, 9,7 millions (71%) vivent dans des familles «traditionnelles», c’est-à-dire avec leurs deux parents, sans demi-frère ni demi-sœur, indique une enquête de l’Insee publiée lundi. Les autres (29%) sont dans des schémas plus éclatés : 2,5 millions vivent dans des familles monoparentales et 950 000 avec un seul de leur parent au sein d’une famille recomposée.

Au total, 3,45 millions d’enfants vivent donc principalement avec un seul parent. Les raisons sont multiples : la séparation des deux conjoints, la volonté des parents ne pas vivre ensemble ou encore l’éloignement géographique du père ou de la mère à cause de sa situation professionnelle. L’enquête de l’Insee considère chaque personne dans sa résidence principale, c’est-à-dire dans la configuration familiale dans laquelle elle vit «la plupart du temps».

En majorité chez la mère

Vivre principalement avec un seul de ses parents ne signifie pas vivre exclusivement avec lui. Parmi les 3,45 millions d’enfants qui habitent «principalement avec un seul de leurs parents», seuls 900 000, soit un quart d’entre eux, séjournent «une partie du temps» chez leur autre parent. Les trois quarts restant n’y résidant «pas régulièrement», voire «épisodiquement», souvent en raison de l’éloignement géographique. Au sein même des familles monoparentales, différentes configurations existent : l’enquête révèle par exemple que ces enfants vivent en majorité chez leur mère et visitent peu leur père (65%). A contrario, seuls 8% d’entre eux vivent chez leur père en visitant peu leur mère. De même, les enfants qui habitent principalement chez leur mère et se rendent chez leur père (19%) sont plus nombreux que ceux vivant chez leur père et visitant leur mère (8%).

A LIRE AUSSILes pères solos sont-ils des mères comme les autres ?

La situation des enfants de familles monoparentales peut changer selon les moments : parmi les 2,5 millions d’enfants évoluant dans cette situation, 200 000 partagent leur résidence principale avec leur parent et un conjoint résidant principalement ailleurs, qui vient vivre une partie du temps dans leur logement.

Pour 80 000 enfants, cet autre adulte est le père ou la mère. Même si leurs deux parents sont en couple, ceux-ci ne cohabitent pas. Ces enfants vivent donc une partie du temps en «famille traditionnelle», quand leur autre parent rejoint le domicile familial. Ils vivent pour la quasi-totalité d’entre eux dans un seul logement tandis que le parent non-cohabitant alterne son temps entre son logement et celui ou vivent ses enfants. Pour les 120 000 autres, cet adulte n’est le parent d’aucun des enfants du foyer.

Les familles «traditionnelles» se transforment, elles aussi, lorsque des demi-frères et sœurs viennent vivre dans la résidence principale. Parmi les 9,8 millions d’enfants mineurs vivant avec leurs deux parents, l’Insee en recense 140 000, qui partagent «une partie du temps» leur logement avec des demi-frères ou demi-sœurs issus de précédentes unions. Ces familles «traditionnelles» deviennent alors des familles recomposées. A l’inverse, entre 90 000 et 120 000 enfants en familles recomposées vivant avec leurs deux parents, se retrouvent, une partie du temps, en famille traditionnelle, lorsque leurs demi-frères et sœurs vont chez leur autre parent.

Rozenn Morgat

Source : Plus des deux tiers des enfants vivent avec leurs deux parents – Libération

%d blogueurs aiment cette page :