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20160921 – Faut-il avoir peur du grand méchant Linky ?

Le front-anti Linky tente de mobiliser, en axant notamment ses critiques sur les risques pour la santé du compteur d’Enedis.

Selon les derniers chiffres agrégés par le front des anti-Linky, 254 communes françaises, parmi lesquelles Caen, Biarritz, Douarnenez ou Melun, se sont prononcées contre le déploiement des compteurs communicant d’Enedis, l’ex-ERdF. C’est évidemment peu, au regard des 36 000 communes que compte l’Hexagone. Mais, compte tenu du déploiement encore largement embryonnaire de Linky (voir la carte officielle), l’alerte ne peut être ignorée par le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité. « Ce sont des communes qui bravent et maintiennent leur délibération anti-Linky, malgré les pressions qu’elles subissent, notamment des préfets », assure Annie Lobé, l’animatrice du front anti-Linky qui se définit comme journaliste scientifique.

La légalité de ces refus reste discutée, si on se fie à une étude juridique réalisée pour le compte de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). Et ce, même si les compteurs ne sont pas la propriété des particuliers, mais bien celle des collectivités locales qui les concèdent à ERdF/Enedis. Il n’en reste pas moins que voir des élus municipaux entraver le déploiement fait peser une menace sur le calendrier ambitieux du distributeur, qui prévoit d’achever l’installation des 35 millions de compteurs d’ici à 2021.

Emplois de proximité supprimés

Organisée à Montreuil le 8 septembre dernier, une réunion du front anti-Linky a permis de mesurer l’avancée de cette mobilisation et les motivations des élus refusant l’installation du compteur. Première surprise : aucun maire n’est présent pour expliquer les raisons de son opposition à une salle où 250 à 300 personnes sont réunies. Pour Raymond Besco, un élu de Magny-les-Hameaux (78), présent lors de cette manifestation, l’installation de Linky pose au moins trois problèmes distincts. « D’abord on peut se demander pourquoi il faut remplacer un compteur qui fonctionne par un compteur qu’on sait déjà obsolète et qui est programmé pour l’être, dit-il. Ensuite, installer Linky signifie qu’on n’effectuera plus de relevés. Ce sont encore des emplois de proximité qui sont supprimés. S’y ajoute l’intrusion dans la vie privée. »

Mais, pour les autres élus présents, ce sont plutôt les questions de santé publique qui dominent. C’est par exemple le cas à Yerres, une commune de l’Essonne (91), dirigée par Nicolas Dupont-Aignan, seule personnalité publique de premier plan impliquée dans le débat. Dans cette commune – la 1ère de plus de 30 000 habitants à avoir pris une délibération anti-Linky –, la décision a été motivée par un travail associatif sur les radio-fréquences. Rappelons que le système Linky utilise le CPL (courant porteur en ligne, à 75 kHz) pour les échanges entre le compteur et le concentrateur. « Or les CPL sont des radio-fréquences donc rayonnent », rappelle l’Association des Riverains du Rond-Point de Yerres. Selon cette dernière, qui a également combattu l’installation d’antennes pour la téléphonie mobile, les connaissances sur l’impact des radiofréquences – et donc la réglementation – sont encore en train d’évoluer, et certaines mesures en laboratoire, effectuées par l’ANFR (l’Agence nationale des fréquences) pour évaluer l’impact de Linky sur la santé, dépassent déjà le seuil de 0,6 V/m  fixé par la résolution 1815 du conseil de l’Europe (datant de 2011).

Les résultats officiels contestés ?

En mai dernier, l’ANFR publiait en effet un rapport sur les niveaux des champs électromagnétiques créés par Linky.  Un rapport qui tendait pourtant à montrer que les compteurs communicants émettaient moins que leurs prédécesseurs et que l’impact des CPL sur les niveaux d’émission était très faible. Ce dernier serait de l’ordre de 0,1 V/m à 20 cm de l’appareil. Et deviendrait indétectable à partir d’une distance de 30 cm.

Mais ces mesures en laboratoire sont contestées car, selon Annie Lobé, elles ne tiennent pas compte de la diversité des installations électriques dans les foyers, facteur qui amplifierait le niveau d’émission d’ondes électromagnétiques avec l’utilisation du CPL. A la tribune, lors de la réunion à Montreuil, ont été évoquées de futures mesures contradictoires, réalisées par un collectif de Brive (Corrèze) sur un site réel. Mais aucune date de publication des résultats en question n’a été précisée.

Big Data, le big problème ?

Enfin, comme le racontait récemment la Voix du Nord, l’installation de Linky semble entraîner des dysfonctionnements avec certains appareils. Nos confrères parlent ainsi de lampes s’allumant et s’éteignant seules ou encore de systèmes domotiques perdant les pédales. Lors de la phase d’expérimentation, Enedis a également reconnu huit incendies qui se sont déclarés après la pose du compteur communicant. Mais, selon la société, ces incidents – peu nombreux si on les compare aux 300 000 Linky posés – ne seraient pas liés directement au compteur, mais à des câbles mal serrés lors de la pose.

Pour André Reinald, un ingénieur logiciel de Mozilla lui aussi présent lors de la soirée organisée à Montreuil, toutes ces questions ne sont toutefois que des « effets de bord » appelés à s’estomper avec le temps. « Ce qui ne va jamais disparaître, c’est le but même de Linky qui est de collecter des données », explique-t-il, exposant ses craintes pour la vie privée des citoyens. Pour l’heure, l’usage des données créées par Linky est strictement encadré, la Cnil ayant posé le principe du consentement explicite de l’usager. « Les données de consommation appartiennent aux clients ; on ne peut rien faire sans son consentement, qui doit être formellement tracé », résumait en mars dernier Jean-Lorain Genty, un membre de l’équipe nationale sur le programme Linky. Mais les opposants craignent des évolutions successives, faisant tomber ces garde-fous.

 

Source : Faut-il avoir peur du grand méchant Linky ?

20160921 – News :De plus en plus de personnes atteintes du syndrome de Diogène signalées à Paris

Les personnes signalées avaient renoncé à l’entretien de leur logement et entassé depuis des années des bibelots, détritus et autres objets hétéroclites à leur domicile, au point d’incommoder leur voisinage, souvent à l’origine des signalements.

C’est un phénomène dont on parle peu mais qui gagne en visibilité au fil des années. Depuis 10 ans, la ville de Paris vient de plus en plus en aide aux personnes souffrant du «syndrome de Diogène». Ces dernières accumulent et entassent de manière maladive et compulsive toute sorte d’objets et de détritus à leur domicile. «C’est très inquiétant», s’alarme Pascal Martin, responsable du Service technique de l’habitat (STH) à Paris, qui intervient sur des cas d’insalubrité. «En 2015, 148 arrêtés préfectoraux ont été pris, après signalements, pour mettre fin à ces situations d’incurie dans ces logements, alors qu’il n’y en avait qu’une vingtaine il y a dix ans», ajoute Pascal Martin, précisant que cette tendance à la hausse se confirmerait en 2016.

Ce mal ronge des personnes de tout âge. Il se caractérise par un isolement social, un refus de toute aide et une négligence extrême de l’hygiène corporelle et domestique. Généralement, c’est le voisinage qui alerte les services de la ville. «Le logement n’etant pas entretenu, les voisins sont souvent incommodés par des odeurs pestilentielles, des fuites d’eau ou par la présence d’insectes», constate Pascal Martin. Parfois, c’est la famille, le syndic de copropriété, le bailleur ou les pompiers qui décident de donner l’alerte. Dans ces cas-là, un inspecteur de salubrité se rend sur place pour évaluer la situation. «Mais ce n’est pas toujours évident. Les personnes concernées ne nous laissent pas toujours entrer», constate le responsable.

Car venir en aide aux Diogènes est une entreprise délicate. «Le premier contact est souvent très compliqué. Cela peut parfois prendre des mois. On commence avec un courrier, un coup de fil puis on commence à discuter à travers la porte», raconte Isabelle Péan, responsable adjointe du Clic (Centre local d’information et de coordination) Paris Emeraude Ouest, un service constitué de professionnels de la gérontologie et financé par le département de Paris. «L’idée est d’agir avec tact et prudence. Il faut les amener à accepter une aide, sans jamais les brusquer», poursuit-elle.

Lorsqu’ils parviennent à rentrer, les agents de la ville et les services sociaux font souvent face à des logements insalubres, dans lesquels il est difficile de se déplacer. Au fil du temps, de rares tranchées se sont formées pour permettre encore un passage au milieu du désordre. Parfois, on ne voit même plus le sol. «Il y a des Diogènes qui escaladent des murs de détritus pour pouvoir passer d’une pièce à l’autre», a constaté Patrick Bachelet, co-dirigeant de l’entreprise Nettoyage Services Professionnels, qui intervient quotidiennement pour désencombrer ces logements. Bouteilles vides ou pleines, journaux entassés depuis des années, excréments, aliments en décomposition et autres objets hétéroclites jonchent le sol et s’accumulent parfois sur deux-trois mètres de hauteur. «Certains n’ont même plus accès à leur lit. Ils finissent par dormir sur un amas d’immondices, un endroit à peu près plat pour pouvoir s’allonger».

Photos prises par la ville de Paris lors d'une intervention dans un appartement du XVIe arrondissement en 2010. L'occupante de cet appartement avait fait l'objet d'une hospitalisation à la demande d'un tiers. 

Un appartement de 170 m², rempli du sol au plafond

Au Service technique de l’habitat de Paris, Pascal Martin se souvient d’un cas qui l’avait frappé en 2010. «C’était dans un grand appartement de 170 m² avec une belle hauteur sous plafond dans le XVIIe arrondissement. Il était rempli du sol au plafond. La personne était nichée à l’intérieur de l’encombrement, ce qui constituait en soi un risque majeur, en cas d’effondrement de ce dernier», explique-t-il. Une décision d’urgence avait été constatée au titre de l’article L1311-4 du Code de la santé publique. Après décision du préfet, la ville avait fait appel à une société privée pour désencombrer, nettoyer et désinfecter les lieux. «Nous avions dû évacuer 37 tonnes de détritus, d’immondices et de cartons en tout genre sur cinq semaines».

Mais tout n’est pas jeté. Le mobilier, les papiers administratifs, les objets de valeurs sont conservés et parfois, le tri se fait même avec celui ou celle qui habite le logement. «Nous sommes dans une approche humaine», veut rappeler Pascal Martin. Cette intervention, qui peut coûter jusqu’à plusieurs milliers d’euros, est en principe à la charge de la personne. Il existe néanmoins une commission de remise gracieuse qui peut décider d’une dispense.

Il a fallu cinq semaines à l'entreprise de nettoyage pour désinfecter et débarasser l'ensemble des immondices. 

Par la suite, ces personnes bénéficient généralement d’une prise en charge médico-sociale. Elles peuvent être admises dans un hôpital spécialisé ou une unité de gériatrie. D’autres regagnent leur domicile. «Mais il faut faire attention à leur retour», avertit Isabelle Péan. «C’est très stressant pour les personnes de voir toutes leurs affaires nettoyées et vidées. Il est donc important de ne pas tout ranger à la perfection. On a eu des situations où les tuteurs avaient tout nettoyé et la personne ne voulait plus rentrer chez elle». Le risque de «récidive» étant élevé, une aide à domicile peut être envisagée.

Des risques mortels

Services sociaux, médecins ou entreprises de nettoyage, tous ont remarqué cette hausse des signalements. «On n’a jamais eu autant de demandes. Depuis le début de l’année, entre 200 et 300 personnes nous ont contacté pour intervenir», constate Younes Jaouhari, responsable des travaux exceptionnels chez Chronopropre, une société de nettoyage basée à Rennes mais qui intervient aussi à Paris et dans d’autres villes de France.

Y aurait-il plus de personnes atteintes de ce syndrome aujourd’hui? «Non», répond le Dr Jean-Claude Monfort, neuro-psychogériatre et un des meilleurs spécialistes du sujet. «Je ne pense pas que ce soit une hausse du phénomène mais plutôt une hausse des signalements auprès des personnes compétentes. Pourquoi? Parce que la perception de ce syndrome a changé. Avant, les Diogènes étaient perçus comme des personnes malsaines, elles étaient relayées à la rubrique des faits divers et on ne s’en occupait pas. Aujourd’hui, les services sociaux, les professionnels de santé, les pompiers et le grand public connaissent mieux ce phénomène et ont donc plus le réflexe de le signaler. Il y a eu une sorte de prise de conscience».

L’interview du Dr Jean-Claude Monfort : «Les entasseurs semblent avoir besoin de tout mais ne demandent rien»

Des agents de la société Nettoyage Services Professionnels désemcombrent un logement. 

Ces signalements ne seraient en revanche que la partie immergée de l’iceberg. Les personnes atteintes de ce syndrome vivent recluses et sont donc souvent les dernières à vouloir attirer l’attention. Il est donc très difficile de les détecter. Pourtant, ces situations ne sont pas sans risque. Non seulement, les logements très encombrés peuvent menacer la santé physique, mentale et sociale des occupants mais ils peuvent aussi affecter celle du voisinage avec des risques d‘effondrement du plancher et des incendies. En 2014, le journal Ouest-Francerapportait le décès d’un sexagénaire, retrouvé mort dans son pavillon qui avait pris feu.

Pas une pathologie

Peu d’études ont été réalisées sur le sujet. Le premier à avoir écrit sur les entasseurs est le français Ernest Dupré en 1916. Ce médecin psychiatre les avait à l’époque baptisé les «mendiants thésauriseurs». Mais ce n’est qu’en 1975 que les gériatres anglais Clark et Mankikar donneront un nom à ce comportement en l’appelant «syndrome de Diogène», en référence au philosophe grec Diogène, qui vivait à Sinope (aujourd’hui en Turquie) dans un tonneau et qui méprisait les hommes.

Depuis, d’autres médecins s’efforcent de comprendre. «Ce syndrome de Diogène n’est pas une pathologie», veut rappeler le Dr Jean-Claude Monfort, qui a rédigé une première enquête sur le sujet en 2005* et récemment soumis une seconde étude à une publication scientifique. «C’est un ensemble de symptômes, de signes, derrière lesquels peuvent se cacher des maladies. Mais ce n’est pas toujours le cas», explique le médecin. Diogène est souvent associé à des pathologies psychiatriques (addiction, dépression, etc) et à des troubles cognitifs (alzheimer, etc). «Et une petite partie des Diogènes ne présentent pas de troubles mais entassent quand même leurs affaires», note Isabelle Pean du Clic Paris Emeraude Ouest. Ces derniers seraient les plus difficiles à prendre en charge car ils sont conscients d’être des entasseurs et refusent toute aide.

On ignore combien de personnes sont réellement touchées par cette problématique. Pour le Dr Monfort, les cas les plus préoccupants qui nécessitent une intervention concerneraient une personne sur 2000. Donc plus de 30.000 personnes en France. Comment y remédier? «Il n’y a pas de baguette magique, pas de médicament contre le syndrome de Diogène mais un accompagnement social, médical», répond Isabelle Péan du Clic. «Nous avons encore beaucoup à apprendre de ce syndrome».

Le syndrome de Diogène et les situations apparentées d’auto-exclusion socialeEnquête descriptive, Jean-Claude Monfort, Laurence Hugonot-Diener, Emmanuel Devouche, Catherine Wong, Isabelle Péan.

Source : De plus en plus de personnes atteintes du syndrome de Diogène signalées à Paris