Accepter d’entendre
Si vous écoutez, vous acceptez d’entendre : y compris des choses qui fâchent. Peut-être entendrez-vous que l’amour ne garantit pas la compatibilité sexuelle. Peut-être entendrez-vous que vous êtes incompétent-e, qu’on vous trompe, que vous auriez dû faire la vaisselle, que vous vous exprimez mal.
IL Y A DE LA GRÂCE DANS NOS FRAGILITÉS ET NOS FIASCOS : C’EST EN BAISSANT LES ARMES QU’ON PEUT ENFIN ACCUEILLIR. C’EST EN ACCEPTANT D’ÊTRE BLESSÉS, ET DE BLESSER, QUE NOUS COMMUNIQUONS RÉELLEMENT
C’est pourquoi en délivrant vos critiques, vous vous rappellerez comment accepter la critique. Ici, deux brèves remarques : si vous avez le sentiment d’être nul/le, d’ignorer comment vous y prendre, c’est qu’on ne vous a jamais appris – vous résultez de votre passé sexuel, et si tous vos précédents partenaires aimaient qu’on mette deux doigts, juste deux, il est bien naturel que vous tentiez de reproduire ce qui a fonctionné. Nous pouvons faire de notre mieux… mais ce mieux se heurtera toujours à l’expérience de l’altérité. Deuxième observation : le plus souvent, vous n’êtes pas la cible réelle des critiques énoncées. Contextualisez. Une personne qui vous « attaque » sexuellement peut le faire pour attirer votre attention, pour attiser votre désir, pour sonner l’alarme. Le champ est vaste.
Quand vous aurez parlé, écouté et entendu, il sera temps de négocier. Une des idées fondatrices de la communication moderne est qu’elle pourrait tout résoudre, mais c’est faux : on n’obtient pas toujours ce qu’on veut dans la vie. Personne ne nous doit rien, surtout sexuellement. Et négocier ne consiste pas forcément à atteindre un juste milieu (quand l’un rêve d’orgie et l’autre de fidélité, bon courage pour le trouver). Négocier, c’est accepter de perdre de temps en temps – un bon exercice d’humilité.
Attention, enfin, à une stratégie qui se répand : l’évitement de la critique via la recherche de perfection. Les hommes prennent du Viagra pour n’être jamais pris en faute (l’impuissance n’en est pas une), les femmes simulent pour paraître ultra-orgasmiques. Nous nous lissons.
L’évitement fonctionne. Il ne résout rien, mais il fonctionne. Reste le prix à payer, le lourd prix de la perfection : à force de vouloir se protéger et/ou de protéger l’autre, rater la vulnérabilité. Passer à côté de la faiblesse. Il y a de la grâce, pourtant, dans nos fragilités et nos fiascos : c’est en baissant les armes qu’on peut enfin accueillir. C’est en acceptant d’être blessés, et de blesser, que nous communiquons réellement. Un sport extrême : un sport d’adultes.