20171228 – Contraception masculine : où en est-on ?

Contraception masculine : de quoi parle-t-on ?

Lorsque l’on parle « contraception masculine », on songe à l’incontournable préservatif, ou à la méthode beaucoup plus aléatoire consistant à « se retirer » au beau milieu de l’acte sexuel. Mais s’agit-il des seules options qui s’offrent aux hommes qui veulent être acteur de la contraception dans leur couple ? Une « pilule pour homme » est-elle dans les tuyaux des laboratoires ?

Le principe de la contraception masculine pourrait se résumer en peu de mots : empêcher à tout prix que des spermatozoïdes viables parviennent à féconder l’ovule. Pour ce faire, il est possible d’imaginer plusieurs stratégies :

  • empêcher la production de spermatozoïdes
  • fragiliser leur flagelle ou leur tête pour qu’ils ne parviennent pas à traverser la paroi de l’ovule,
  • leur bloquer le passage

Vasectomie : stérilisation ou contraception ?

Quand on parle de « bloquer le passage des spermatozoïdes », on pense spontanément à la vasectomie [1]. Toutefois, on parle là plus d’une méthode de stérilisation (ou de stérilisation à visée contraceptive) que de contraception. Elle n’est d’ailleurs proposée que lorsque toutes les autres méthodes semblent vouées à l’échec.

Lorsque l’on parle de contraception, on envisage en effet une réversibilité garantie du procédé. Ici, l’opération inverse est possible (vasovasectomie, qui consiste à relier les canaux sectionnés lors d’une vasectomie), avec un taux de succès de 7 à 9 cas sur 10… soit 10 à 30% de non-réversibilité. Si par contraception, on parle d’avoir une maîtrise de sa fertilité, on se confronte ici à beaucoup d’incertitude…

Quelles autres méthodes sont proposées en France ?

Contraception hormonale injectable

Sur la thématique de la contraception masculine, les magazines grand public français se font régulièrement l’écho de deux méthodes… qui ne sont aujourd’hui proposées que dans deux établissements français.

La première de ces méthodes, est une contraception à base d’une injection régulière d’hormones. Sur cette thématique, beaucoup de recherches ont été menées à l’échelle internationale depuis plus d’un quart de siècle, avec divers protocoles proposés de par le monde par l’Organisation Mondiale de la Santé (voir encadré). Plusieurs synthèses de ces études ont été publiées récemment [2].

Les résultats des différents essais cliniques sont très bons… chez l’animal. Chez l’homme ils sont beaucoup plus mitigés [4]. Premièrement, tout le monde ne répond pas au traitement. Ensuite, on constate un taux d’effets indésirables lourds vraiment nettement plus fréquents que ceux observés chez les utilisatrices de pilule [5]. Enfin, dans plusieurs essais, certains volontaires sont restés stériles.

De nombreux protocoles (et dosages) restent à l’étude, mais l’on ne trouve pas encore la bonne « recette », qui pourrait être mise sur le marché en se disant que ça va fonctionner avec le même taux de succès, et surtout le même niveau de sécurité que la contraception hormonale féminine.

Slips chauffants ?

Partant du constat que l’on peut stopper la genèse des spermatozoïdes en maintenant les testicules à 37°C, un médecin andrologue de Toulouse vante les vertus d’une « contraception thermique ». L’idée serait de proposer un vêtement qui plaquerait les testicules près du corps plus de 14h par jour : au bout de deux mois et demi du cycle de production des spermatozoïdes, le porteur ne sera plus fécondant – tant qu’il poursuit le port du dispositif. Voilà pour la théorie… En pratique : au vu du très faible volume de données scientifiques publiées [6] et d’expériences reproduites sur le sujet, bien peu d’andrologues se risqueraient à promouvoir la technique. Sur le territoire français, on ne compterait une vingtaine utilisateurs confiants… Pour combien de déçus ?

L’avenir ?

Durant les dix dernières années, une quantité impressionnante de molécules ont été identifiées qui, ingérées ou injectées, ont démontré des effets très intéressants… chez l’animal [7]. Certaines fragilisent le flagelle du spermatozoïde, d’autres sa membrane. Dans les essais sur des primates non humains, une partie de ces molécules n’ont hélas plus du tout cet effet.

Celles qui semblent efficaces chez le singe vont tôt ou tard être expérimentées chez l’homme… mais bien malin celui qui dira si aura la même efficacité et une balance bénéfice/risque équivalente ou supérieure à la pilule féminine.

Gel contraceptif

Une dernière technique est dans les tuyaux (sans mauvais jeu de mots), qui consiste à injecter un gel dans les canaux déférents (et donc sur le passage des spermatozoïdes lors d’une éjaculation). Il se répartit sur les parois du canal, et désagrège la membrane des gamètes. À la fin des années 90, des tests ont été menés en Inde (procédé RISUG), qui ont été arrêtés pour des suspicions de toxicité. Si ceux-ci ont été relancés dans les années 2000, leurs résultats ne sont pas encore publiés. Aux États-Unis (procédé VASALGEL), des essais chez le lapin ont semblé très bons. Chez le babouin, les premiers résultats obtenus étaient en revanche très mitigés. Les essais ont été relancés l’an dernier, en laissant des femelles babouins côtoyer les mâles… S’il ne naît pas de petits babouins, l’homme est le prochain sur la liste !

la rédaction d’Allodocteurs.fr

Source : Contraception masculine : où en est-on ?

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