20170521 – Quand le perfectionnisme perturbe la sexualité

Une recherche obsessionnelle de la perfection est susceptible d’affecter tous les domaines de la vie, y compris la vie sexuelle. Les normes sexuelles élevées – que l’on s’impose ou que l’on impose à son partenaire – peuvent altérer la vie sexuelle de celui ou celle qui les subit. Comment reconnaître le perfectionnisme sexuel et s’extraire de son carcan ?

Le perfectionnisme sexuel, des conséquences positives et/ou négatives

Subir la pression de son partenaire, de soi-même ou de la société pour être « parfait(e) » sexuellement n’est pas anodin, et peut altérer la confiance sexuelle. Le perfectionnisme sexuel conduit à cette pression, dont les conséquences ont été explorées dans une étude [1] publiée en 2016 dans les Archives of Sexual Behavior. Elle portait sur 366 femmes âgées de 17 à 69 ans. Celles-ci ont complété des questionnaires portant sur le perfectionnisme sexuel, l’estime sexuelle, l’auto-blâme en cas de problèmes sexuels, l’anxiété sexuelle et sur divers autres paramètres relatifs à la sexualité (excitation, désir, orgasme). Les mêmes questionnaires ont été remplis une seconde fois 3 à 6 mois plus tard.

Les réponses furent classées alors en quatre formes de perfectionnisme : vis-à-vis de soi-même, orienté vers le partenaire (les normes que le partenaire s’impose à lui-même), prescrit socialement (celles tirées de la société) et prescrit par le partenaire (celles que le partenaire vous impose).

Les deux premiers provoquaient une adaptation à la fois positive et négative. La première forme est associée à une augmentation de l’estime de soi, de « l’efficacité » sexuelle et de la satisfaction de la vie sexuelle ; en revanche, la préoccupation sur les « erreurs » commises durant le rapport était augmentée. La seconde forme est elle aussi associée de façon positive à ces critères, mais l’inquiétude était diminuée. En d’autres termes, s’imposer une certaine exigence dans le domaine sexuel peut avoir un impact positif sur la sexualité, à condition de ne pas se mettre trop de pression !

La pression nocive de la société et du partenaire

En revanche, le perfectionnisme induit par la société et par le partenaire avaient un retentissement négatif sur les différents paramètres évalués.

Dans le premier cas, il apparait corrélé avec l’anxiété, la dépression en lien avec la sexualité, la préoccupation due aux erreurs commises durant le rapport ; l’estime de soi et l’optimisme sur le plan sexuel étaient également diminués.

Dans le cas du perfectionnisme induit par le partenaire, les femmes souffraient davantage d’anxiété sexuelle, et se blâmaient à propos de leurs troubles sexuels. Elles avaient également plus de douleurs durant les rapports et d’anxiété. L’estime sexuelle, le désir, l’excitation, la lubrification et l’orgasme étaient diminués

Une autre étude [2] parue en novembre 2016, confirme l’impact négatif du perfectionnisme induit par le partenaire. La femme a tendance à prêter à son partenaire des attentes démesurées. En découle une pression importante, qui nuit à son orgasme. En effet, être spectatrice du rapport peut conduire à se détacher de ses sensations érotiques, et à s’éloigner de l’orgasme. Si la femme pense à sa cellulite ou à ses bourrelets durant l’amour, elle n’est pas dans les conditions propices et ne peut pas profiter sereinement de l’étreinte. D’après Annette Kluck, auteure de ces travaux, être exigeante avec soi-même n’est pas forcément un problème quand cette observation sert à décupler ses sensations érotiques ou à assouvir ses envies.

Que dissimule le perfectionnisme sexuel ?

En pratique, un perfectionniste a tendance à savoir à l’avance comment doit se passer un rapport et à imposer cette vision à sa partenaire. Il est déçu si cer apport ne se déroule pas de la manière anticipée. Il peut être critique sur les performances de sa partenaire au lit ; il est souvent plus intéressé par la performance sexuelle que par le partage émotionnel (faire l’amour quatre fois par semaine, une fellation de telle façon, avoir un désir permanent et important…) On comprend à quel point cela peut être frustrant et anxiogène pour le ou la partenaire. Mais aussi pour le perfectionniste !

« J’ai beaucoup de patients qui sont concernés, davantage chez les hommes que chez les femmes », commente Joëlle Mignot, psychologue sexologue. « Les hommes sont très sensibles au perfectionnisme, notamment par rapport à l’érection. On retrouve ce perfectionnisme dans la sexualité féminine aussi mais cela prend d’autres formes, plutôt autour du corps et de la norme, des critères physiques ». Dans les deux cas, le perfectionnisme est très délétère pour la sexualité, d’après la sexologue. « Plus il y a une quête de performance et de perfection, plus il y a de l’anxiété derrière cette quête. » Or, l’anxiété fait mauvais ménage avec la sexualité et le plaisir…

Trop d’exigences vis-à-vis de soi-même

Le perfectionnisme bloque entrave parfois profondément la vie sexuelle. Chez l’homme, il peut s’agir d’exigences comme avoir une érection sur demande. « Finalement ils ne s’écoutent pas, analyse Joëlle Mignot. Ils sont pris dans des schémas sociétaux, ou liés à leur propre histoire (en rivalité avec un père ou un frère), ou encore en lien avec une représentation de l’homme construite à partir des films pornographiques ».

Les femmes sont tiraillées entre des exigences multiples : être une bonne mère, une collaboratrice efficace, une bonne amante, etc. Et d’après la sexologue, les magazines féminins décrivent une image qu’elles ne reconnaissent pas et qui les angoissent : elles ne se sentent pas dans la norme. « Mais la perfection sexuelle n’existe pas ! » s’exclame-t-elle.

Pour la psychologue, la question du narcissisme est aussi au cœur de la quête de perfection, avec la volonté d’être le meilleur. « Il y a derrière un schéma inconscient, décrypte-t-elle. Mais être le meilleur par rapport à qui, à quoi ? »

Autre concept se cachant derrière le perfectionnisme : la volonté de satisfaire l’autre. Si l’intention est bonne en théorie, elle peut en pratique être excessive, et source d’angoisse et d’insatisfaction. Conséquence : on ne vit plus sa sexualité pour soi. « Les gens trop tournés vers l’autre s’oublient, et quand on s’oublie dans sa sexualité, on n’est pas heureux… »

Comment sortir du perfectionnisme ?

L’amélioration de la situation passe par le dialogue. Mais il peut être difficile avec un perfectionniste, qui redoute d’être vulnérable en abandonnant ses normes. Et un perfectionniste a rarement conscience de son « travers » d’après la sexologue. La (ou le) partenaire peut alors lui suggérer gentiment que la vie sexuelle s’enrichirait sans doute de davantage de spontanéité. Une autre option est d’inviter les jeux de rôle dans la chambre : la partenaire prend le pouvoir et dirige les rapports, qui seront moins codifiés et plus surprenants. Cette alternative a le mérite de lui faire du bien en augmentant sa confiance sexuelle, et de faire découvrir au partenaire l’excitation de ne pas être en charge du déroulement du rapport. S’il l’accepte…

On peut aussi proposer à son partenaire de consulter. « Au départ, les patients ne viennent pas pour leur perfectionnisme, ils n’en ont pas conscience, estime Joëlle Mignot. En parlant, on se rend compte qu’ils se sont mis dans un système dont ils sont prisonniers. » Et pour en sortir, la thérapeute fait prendre conscience du caractère vivant de la sexualité, comme se nourrir ou dormir. « On ne dort pas toujours pareil, on ne mange pas pareil, il y a aussi une variabilité dans la sexualité qu’il faut accepter, constate la sexologue. Et cela dédramatise beaucoup la faille. Alors plus c’est vivant, mieux c’est pour eux ! » Le thérapeute travaille donc avec son patient pour voir de quelle façon dont ils peuvent faire autrement, en adaptant à leur façon d’être. Les techniques comme l’hypnose ou la relaxation sont intéressantes parce qu’elles ouvrent le champ des possibles, qui est rétréci chez le perfectionniste. Elles aident à modifier le mode de fonctionnement, et à réinjecter de la spontanéité et du vivant dans la sexualité…


[1] Multidimensional sexual perfectionism. J. Stoeber, et al. Archives of Sexual Behavior (2013), 42, 1593– 1604.

[2] Sexual Perfectionism in Women: Not as Simple as Adaptive or Maladaptive. Kluck. Arch Sex Behav (2016) 45: 2015. doi:10.1007/s10508-016-0805-4

Source : Quand le perfectionnisme perturbe la sexualité

20170516 – Le clitoris représenté pour la première fois en détail dans un manuel scolaire

Une grande première. » Le collectif SVT Egalité, un réseau de professeurs qui lutte contre les stéréotypes dans l’enseignement, s’est réjoui dans un message publié jeudi 11 mai sur Facebook que le clitoris soit « enfin » bien représenté dans un manuel scolaire. Les éditions Magnard ont, en effet, proposé dans leur dernier ouvrage un schéma fidèle de cet organe féminin, qui est le grand absent des manuels de Sciences de la vie et de la Terre, au collège et au lycée.

 

« Tous les autres éditeurs (Belin, Bordas, Didier, Nathan, Hachette, Lelivrescolaire) ont recyclé leurs éternels schémas faux : sans clitoris, ou le mentionnant sans le représenter, ou en le réduisant à un organe de quelques millimètres », regrette le collectif SVT Egalité dans cette publication.

« J’ai rencontré en 2014 des membres du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) qui m’ont alertée sur cette question, explique Isabelle Magnard, la directrice adjointe de la maison d’édition, contactée par franceinfo. En sortant, j’ai demandé que cela soit corrigé dans les prochains ouvrages de SVT. »

« Le clitoris a été gommé »

Pourtant, cela fait des siècles qu’un schéma complet du clitoris existe. « Le premier a vu le jour en 1848 », explique Alexandre Magot, professeur et membre du collectif SVT Egalité. Lorsque le chirurgien britannique Henry Gray publie, en 1858, la première édition de son livre d’anatomie médicale, Gray’s Anatomy, l’organe sexuel y figure dans son entièreté. « Un siècle plus tard, il a totalement disparu de l’ouvrage. Il a simplement été gommé », déplore Alexandre Magot.

Ces dernières années, plusieurs initiatives ont voulu familiariser les femmes avec leur clitoris. En 2016, la chercheuse indépendante Odile Fillod a modélisé, grâce à une imprimante 3D, l’appareil à échelle réelle pour que les élèves puissent avoir une idée précise de sa taille. Sur le site de SVT Egalité, un schéma réalisé par Vincent Guili est à disposition des professeurs qui souhaitent en parler.

Sur le site de SVT-Egalité, un schéma de l\'appreil sexuel féminin est disponible en ligne. 
Sur le site de SVT-Egalité, un schéma de l’appreil sexuel féminin est disponible en ligne.  (Vincent Guili / SVT-Egalité)

Selon Alexandre Magot, les éditeurs de manuels scolaires sont tout à fait au courant de l’existence de telles ressources. « Nous sommes plusieurs enseignants à leur avoir écrit pour les alerter, et nous n’avons jamais eu de réponse », explique-t-il.

Un « sujet polémique » pour certains éditeurs

Contactées par franceinfo, les éditions Belin assurent n’avoir jamais reçu le moindre courrier. Et disent avoir cherché à favoriser « une représentation du sexe féminin en vue externe de face, qui a paru à nos auteurs la plus utile à l’enseignement ». Assurant que « la lutte contre les stéréotypes sexistes est une préoccupation de [ses] auteurs comme des éditeurs », la maison d’édition précise avoir accompagné leur schéma d’une légende explicite : « Organe érectile et érogène ».

Les éditions Magnard affirment également ne pas avoir reçu de courrier de la part de professeurs. « Je ne savais pas que nos schémas étaient erronés avant que le HCE n’attire mon attention là-dessus, explique Isabelle Magnard. Quand je l’ai su, je nous ai trouvés très ringards. On continue d’apprendre à tout âge. »

Les autres éditeurs de manuels scolaires contactés par franceinfo n’ont pas souhaité répondre à nos questions. « Nous ne voulons pas entrer dans des sujets polémiques », s’est justifié l’un d’eux.

Il y a une part d’autocensure très forte.

Alexandre Magot, professeur et membre du collectif SVT Egalité

à franceinfo

Interrogée par Buzzfeed en 2016, Odile Fillod a dénoncé la pression exercée par certains établissements scolaires. « J’ai eu l’occasion de faire des entretiens avec des contributeurs aux manuels de SVT, qui, lorsque je les ai questionnés sur la raison pour laquelle certains biais dans la présentation de la sexualité étaient présents, m’ont expliqué très clairement qu’ils avaient subi une censure, et que celle-ci était directement liée à la puissance de l’enseignement privé catholique en France », a déclaré la chercheuse indépendante.

Un organe sexuel méconnu

Pour Alexandre Magot, « connaître son corps est fondamental en termes d’éducation ». Mais selon un rapport sur l’éducation sexuelle remis en juin par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, un quart des filles de 15 ans ne savent pas qu’elles ont un clitoris et 83% des collégiennes en classe de quatrième et de troisième ignorent sa fonction.

Si l’absence de représentation fiable pose problème, d’après le professeur de Sciences de la vie et de la Terre, c’est parce que cette absence est fondamentalement sexiste : « Parler du clitoris, c’est aussi parler du désir féminin et ne plus le voir comme annexe. »

De son côté, Isabelle Magnard considère que la démarche de sa maison d’édition n’est pas du militantisme : « Notre rôle n’est pas de militer mais d’avoir des représentations qui tirent les choses vers le progrès. »

Source : Le clitoris représenté pour la première fois en détail dans un manuel scolaire

20170515 – Tomber sur «le bon» à 16 ans, une chance côté sexualité? – Le Temps

En pleine adolescence, ils sont tombés sur la personne qui leur correspondait. Chance ou boulet? Comment la vie sexuelle de ces couples évolue-t-elle?

Si nos arrière-grands-parents ne se posaient pas cette question – ou alors moins ouvertement – elle ne peut que tarauder les adultes d’aujourd’hui qui ont construit leur vie avec leur premier amour. Car il faut bien le dire: les couples qui, à 30 ans ou plus, n’ont connu dans leur lit que leur douce moitié, sont des ovnis. Alors, trouver la «bonne» personne à 16 ans, est-ce une chance ou un risque de rester bloqué dans des schémas adolescents? La sexualité évolue-t-elle de la même manière que pour ceux qui ont changé régulièrement de partenaire?

«Côté sexuel, c’est une chance, affirme la psychologue FSP et sexologue ISI Patrizia Anex. On grandit ensemble, on apprend, on expérimente, on explore dans la sécurité d’un couple naissant. Mais les couples restent parfois enfermés dans une sexualité plutôt adolescente. Une pudeur limitative peut s’installer, et l’on ne sait pas comment aborder les désirs, car on prend peu l’habitude de parler de sexualité. Adolescent, on ne se préoccupe pas de connaître ses sources d’excitation sexuelle car on est porté par les hormones.»

La même position pendant vingt ans

Le risque? Vivre de sérieux dysfonctionnements, sans réaliser qu’il y a un problème. Selon la spécialiste, qui reçoit de nombreux couples dans son cabinet, il arrive que Madame n’ait jamais eu d’orgasme, que Monsieur soit un éternel éjaculateur précoce ou que le couple n’ait expérimenté qu’une seule position, sans la moindre remise en question en vingt ans. «Avec un nouveau partenaire, on réalise assez vite qu’il y a un souci! Certains couples ne se rendent pas compte de leurs blocages. C’est souvent une crise qui déclenche les questionnements.»

Etonnant, à l’heure où il est facile de s’informer. Et la pornographie? «Les gens voient cela comme un film, mais ne vont pas forcément demander ces pratiques à leur partenaire. Si on regarde un film avec un superhéros, on ne va pas essayer de voler», explique Patrizia Anex, à la fois amusée et très sérieuse.

Emilie*, 42 ans, est avec son homme depuis l’âge de 15 ans, et s’en estime très heureuse. «On a tout appris ensemble, et cela s’embellit d’année en année. On est plus à l’aise, et je repense à nos débuts en souriant.» Ensemble, ils dialoguent continuellement, un point «essentiel pour éviter qu’après vingt-sept ans, on se rende compte que l’on a pris des chemins différents. Parfois tu réalises que certaines choses se font, tu vois avec l’autre si cela le tente ou pas. Je ne dis pas que cela a toujours été rose! Mais on ne s’oublie pas, on entretient notre complicité.»

Le piège de la curiosité

Le piège, selon Patrizia Anex, c’est la curiosité. Et ce, même si la relation est satisfaisante. «Notre sexualité humaine est curieuse d’autres corps, d’autres odeurs. Ces couples vont donc parfois vers l’échangisme. C’est généralement autour de la quarantaine que ces questions font surface. Jusque-là, on est occupé avec la famille… Et tout à coup, on vieillit, le corps change, et l’on a besoin de se rassurer.»

A ces couples qui vivent une belle histoire mais sont animés par la curiosité et la peur de passer à côté de quelque chose de mieux, Patrizia Anex conseille volontiers de faire des expériences tout en restant ensemble. «Je leur dis que cela ne sert à rien de se séparer. Et tout le travail consiste à ne pas casser la famille.» Ce travail passe d’abord par la communication. «Ces couples ont une forte complicité, pensent bien se connaître, mais sont souvent étonnés lorsque je provoque la discussion autour de leur sexualité. Ils se découvrent autrement.»

Quel conseil pour les ados que cette question turlupine? «L’amour et la sexualité entre 16 et 25 ans s’imprègnent fortement dans notre corps. Les amours de jeunesse ne s’oublient pas. L’idéal serait de faire ses expériences, et de se mettre en couple vers 22-25 ans. Mais peu se font cette réflexion.»

Source : Tomber sur «le bon» à 16 ans, une chance côté sexualité? – Le Temps

20170331 – #TOUTSEXPLIQUE. Porno: Ce qui fait jouir les femmes

Le porno, ce n’est pas qu’une affaire d’hommes, et les attentes des femmes en la matière ont bien évolué. – DAVID MCNEW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Anissa Boumediene

Mater du porno, c’est un peu comme aller au resto. Sur la multitude de sites dédiés, après avoir fait son choix sur la longue carte des réjouissances proposées – Milf, belle-mère ou encore BDSM – on trouve tout aussi bien les raisonnables qui ne prendront qu’une entrée légère que les gourmands amateurs de gras ou ceux qui passent leur tour, redoutant l’intoxication alimentaire. Mais pas que. Il y a aussi de plus en plus de femmes, elles aussi en quête d’images (s)explicites pour s’offrir un plaisir solitaire.

« Plus de 30 % des spectateurs de porno sont en réalité des spectatrices », indique à 20 Minutes Ovidie, ancienne actrice X désormais documentariste et réalisatrice de films pornos féministes. Mais que veulent regarder les femmes quand elles ont envie d’un petit quickie avec elle-même ? Du classique, du hard, du lesbien ou du 100 % féministe ? 20 Minutes sonde les attentes des femmes en matière de porno.

Se libérer des conventions

Au départ, beaucoup de femmes pensent que la voie de leur plaisir intime n’emprunte pas les chemins parfois sinueux du porno. Dans Future sex (éd. du Seuil), la journaliste américaine Emily Witt raconte sa longue enquête de quatre ans, au cours de laquelle elle atesté de nombreuses choses en matière de sexualité, revu ses positions sur le porno et appris à se libérer des conventions. « Je n’avais jamais essayé de me masturber devant des vidéos pornos. (…) Pour moi, le porno, c’était des pubs qui vendaient des « salopes avides de foutre » », raconte-t-elle. « Je pensais que se masturber « devant » quelque chose marquait une suprématie des idées masculines sur la sexualité ».

 

Inutile, donc, de dire que jamais elle ne se serait imaginé « se masturber sur le net devant Gang bang très hard pour salope amatrice de bondage, ce que j’ai pourtant fini par faire un jour ». Aujourd’hui libérée dans ses paroles et ses pratiques, celle qui d’habitude mettait « longtemps à jouir » en se masturbant sans vibro confesse qu’il lui a « suffi de regarder la vidéo pendant dix minutes » pour atteindre l’orgasme.

« En bannissant le porno de sa vie, on se prive aussi d’un répertoire complet des fantasmes sexuels de toute l’histoire de l’humanité », estime la journaliste. Tout comme elle, Camille, 27 ans, parle assez librement de sa sexualité. « Moi, je regarde du classique : un mec, une nana, et faut que ça baise bien fort ! Un peu comme ça pourrait se passer entre mon copain et moi dans la chambre quoi », explique Camille. « Certes, c’est pas tout à fait comme ce qui se passe dans mon lit, plaisante-t-elle. Mais c’est efficace, quelques minutes de masturbation devant ça et c’est l’orgasme assuré ! »

« Je ne regarde que des vidéos de femmes »

Ovidie avance une explication concernant ce phénomène : « Les femmes consomment ce qu’on leur donne à voir : du porno mainstream. C’est intéressant de s’interroger sur ces femmes qui regardent des films de Rocco [Siffredi], des vidéos centrées sur le coït ou qui mettent en scène les femmes dans l’humiliation. La seule explication pour moi, c’est l’intégration dans nos propres fantasmes de tous ces stéréotypes si longtemps véhiculés, analyse la réalisatrice. Les goûts en matière de porno sont forcément conditionnés par l’environnement dans lequel on évolue. Or aujourd’hui, le porno sur les plus gros tubes représente 250 milliards de vidéos consommées chaque année, c’est colossal. Après ça, c’est dur de lutter contre la représentation majoritaire de la sexualité ». Emily Witt, elle, ne partage pas ce point de vue. Après avoir assisté à un tournage porno hardcore, la journaliste comprend aujourd’hui qu’une femme puisse aussi avoir envie de regarder des vidéos pornos plus corsées, « des douches dorées » ou du bondage.

Hétéro et heureuse en ménage, Mélanie ne partage pas ces goûts-là. Si elle ne regarde qu’occasionnellement du porno, à chaque fois, il ne s’agit que de vidéos mettant en scène des femmes. Auto initiée assez tard au porno, vers 25 ans, la jeune femme est depuis le début sûre de ses choix. « Je trouve hyper excitant de regarder une femme se caresser ou deux femmes en train de faire l’amour, indique-t-elle. Quand je suis seule, centrée uniquement sur mon plaisir sexuel de femme, ce que j’aime, c’est de regarder une femme jouir, avoir un vrai orgasme sous les caresses d’une autre, plutôt qu’une femme qui se prend une éjaculation en plein visage ou offre à la caméra un gros plan de son anus dilaté ! », poursuit-elle. « Peut-être que c’est ma vision féministe du porno, ou simplement mes goûts, mais je ne prends aucun plaisir à voir une femme « gang-banguée » ou qui n’a l’air d’être là que pour servir de « réceptacle » à l’homme », confie la jeune femme de 31 ans, qui a l’impression que « ces vidéos-là ne servent qu’à satisfaire le plaisir masculin ».

« Etre désirable et bandante même avec des poils et des vergetures ! »

Car s’il y a des femmes hermétiques aux films pour adultes, il y a aussi « celles qui ne se retrouvent pas dans l’offre mainstream, confirme Ovidie. Des femmes qui ont tendance à se tourner vers le porno queer ou gay, et de plus en plus vers le porno féministe », pour prendre du plaisir. Le plaisir féminin, Ovidie le soigne et le satisfait dans ses productions. Aujourd’hui réalisatrice, l’ancienne actrice signe aujourd’hui des pornos féministes. Un courant qui a émergé il y a quelques années, avec un cinéma fait le plus souvent par et pour les femmes. « Ça leur permet d’avoir accès à une diversité de fantasmes. Une amie m’a confié se sentir beaucoup mieux dans son corps depuis qu’elle regarde du porno féministe, raconte Ovidie. Ces productions-là mettent en scène des silhouettes différentes et grâce à ça, elle et beaucoup d’autres voient qu’on peut être désirable et bandante même avec des poils et des vergetures ! Pour une nana lambda, c’est difficile de s’identifier à une femme peroxydée refaite de la tête aux pieds et intégralement épilée. Et plus difficile encore de se projeter dans une sexualité ultra-simulée, où la femme simule l’orgasme dès qu’on l’effleure ».

 

Préservatif à la cerise sur le gâteau : la gent masculine peut elle aussi prendre beaucoup de plaisir à regarder ces « pornos féministes ». « Beaucoup d’hommes ne se retrouvent pas non plus dans le porno mainstream, qui met en scène des mecs bodybuildés dans des positions pas naturelles avec des femmes siliconées, rapporte la réalisatrice, là, c’est plus réaliste ». Réaliste mais pas soft, comme le croient certains, imaginant que les pornos féministes ne sont qu’un ersatz de romances érotiques pour femmes. « Il faut sortir de cette confusion très française, la vocation du porno féministe est de proposer un porno différent, pas moins sexuel mais plus réel, qui casse les stéréotypes », décrypte Ovidie. Mais, au-delà du sexe du spectateur, ce qui importe, « c’est qu’il se passe quelque chose de réel sur le visage de l’actrice, car c’est le plaisir de l’autre qui est excitant ».

Source : #TOUTSEXPLIQUE. Porno: Ce qui fait jouir les femmes

20170327 – La satisfaction sexuelle, un élément essentiel pour entretenir une relation de couple | Santé Magazine

La satisfaction sexuelle, un élément essentiel pour entretenir une relation de couple

Le sexe serait un véritable atout de longévité pour le couple, affirment des chercheurs américains. La sensation de satisfaction qu’il procure serait en effet notable sur le court terme mais aussi sur le long terme.

Si, d’un point de vue biologique, le sexe est lié à la reproduction, des chercheurs de la Florida State University suggèrent qu’il peut servir à un but supplémentaire au-delà de ce domaine: lier durablement les partenaires. Leur étude publiée dans Psychological Science indique en effet que ces derniers éprouvent une « persistance » sexuelle qui dure jusqu’à deux jours, et cette rémanence est liée à la qualité de la relation à long terme.

« Notre recherche montre que la satisfaction sexuelle reste élevée 48 heures après les rapports sexuels », explique la psychologique Andrea Meltzer, auteur principal de l’étude. Plus les personnes ont une plus grande persistance sexuelle, soit qui déclarent un niveau plus élevé de satisfaction sexuelle 48 heures après le rapport, plus celles-ci rapportent des niveaux plus élevés de satisfaction relationnelle plusieurs mois plus tard.

Les chercheurs ont émis l’hypothèse que le sexe joue un rôle crucial pour maintenir les liens d’un couple mais la plupart des adultes rapportent avoir des relations sexuelles à quelques jours d’intervalle et non tous les jours. Ils ont donc voulu savoir si le sexe pouvait faire office de stimulant sur le court terme en matière de satisfaction sexuelle en améliorant la satisfaction de la relation, et si son effet était toujours positif sur un plus long terme.

Un effet positif qui dure jusqu’à 48h

Pour tester leur hypothèse, ils ont examiné les données de deux études indépendantes, l’une avec 96 couples mariés et l’autre avec 118 couples mariés, réunis dans le cadre d’une étude plus vaste. Tous les couples avaient terminé de remplir pendant 14 jours un journal quotidien dans lequel, chaque soir avant de se coucher, ils déclaraient indépendamment s’ils ont eu des relations sexuelles avec leur partenaire ce jour-là.

Quelle que soit la réponse, ils devaient également noter leur degré de satisfaction sexuelle ce jour-là et leur degré de satisfaction à l’égard de leur partenaire, de leur relation et de leur mariage sur une échelle de 7 points (7 étant le plus haut niveau de satisfaction). Les couples étaient également invités à mesurer la qualité de leur mariage au début de l’étude puis 4 à 6 mois plus tard. L’analyse des journaux intimes a montré qu’en moyenne, les participants ont déclaré avoir eu des rapports sexuels sur 4 des 14 jours de l’étude, même si les réponses variaient vraiment selon les participants.

Le fait le plus important a été de constater que le sexe un jour donné était lié à une satisfaction sexuelle persistante au fil du temps. Cette satisfaction était bien sûr notable le premier jour, mais aussi le lendemain et jusqu’à deux jours plus tard. Ainsi, les participants ont continué de signaler une satisfaction sexuelle élevée 48 heures après un acte sexuel unique. Cette association était la même selon le sexe ou l’âge et se maintenait même après que la fréquence sexuelle, les traits de personnalité, la durée de la relation et d’autres facteurs ont été pris en compte.

Et qui s’avère utile sur le long terme

Dans l’ensemble, la satisfaction maritale des participants a diminué entre le début de l’étude et la séance de suivi 4 à 6 mois plus tard. Mais les participants qui ont signalé des niveaux élevés d’épanouissement sexuel semblaient plus satisfaits de leur conjoint, grâce à deux facteurs: une satisfaction maritale initiale plus élevée et une baisse moins prononcée de la satisfaction au cours des quatre à six premiers mois de mariage.

Par ailleurs, les résultats étaient similaires dans les deux études examinées. Aux yeux des chercheurs, ce même schéma d’effets constitue donc une preuve que le sexe est bien lié à la qualité de la relation au fil du temps grâce aux effets persistants de la satisfaction sexuelle.

« Cette recherche est importante parce qu’elle s’associe à d’autres recherches suggérant que les fonctions sexuelles servent à garder un couple lié« , conclut Andrea Meltzer. L’Organisation mondiale de la santé fait même état d’une santé sexuelle à part entière qui se définit comme « un état de bien-être physique, mental et social dans le domaine de la sexualité qui requiert une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles ».

Source : La satisfaction sexuelle, un élément essentiel pour entretenir une relation de couple | Santé Magazine

20170327 – Sexualité : qu’est-ce qu’un bon coup ?

Pour la chroniqueuse de La Matinale du « Monde » Maïa Mazaurette, nous sommes tous des candidats potentiels à la virtuosité sexuelle. Un bon coup ne s’autoproclame pas et, surtout, ne peut se concevoir au singulier.

LE MONDE | 26.03.2017 à 07h41 • Mis à jour le 26.03.2017 à 14h20 |Par Maïa Mazaurette

Certaines personnes sont-elles, dans l’absolu, plus douées en sexe que les autres ? Belle et vaste question, qui pose celle du don – intervention divine, apprentissage forcé, 10 % de nature, 90 % de labeur, quelle est l’exacte équation ? Car évidemment, de même que nous ne naissons pas femmes, nous ne naissons pas doués.

Mais peut-être naissons-nous dotés. Bien dotés. Du côté des femmes, on sait par exemple qu’un gland clitoridien rapproché de l’entrée du vagin facilite l’obtention d’orgasmes vaginaux – le missionnaire le plus classique suffira à frotter leur clitoris. Du côté des hommes, un bon coup possède-t-il forcément une matraque télescopique – et serait-ce vraiment utile, sachant que la majorité des terminaisons nerveuses se situe au premier tiers du vagin ? Peut-être. Si les partenaires ont les idées larges, s’ils ou elles ont le fantasme d’être « très » remplis… et seulement si l’on se limite à une sexualité de pénétration ultraclassique.

On pourrait d’ailleurs donner un exemple opposé : une fellation est plus commode, plus efficace, sur des formats plus petits. Pour une pénétration anale, selon les goûts et les couleurs, on portera nos préférences sur le double décimètre ou les plaisirs de taille auriculaire, au choix.

Cependant, ces questions de taille ou de forme restent périphériques. Nous disposons à peu près des mêmes anatomies, les zones érogènes diffèrent peu – et dépendent plus de l’histoire d’une personne, de ses fantasmes, que de la pure dotation à la naissance.

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On peut être son propre mauvais coup

Essayons donc avec le désir, et abordons les personnes dans leur entièreté : une femme physiquement belle, un homme imparablement attrayant, sont-ils de meilleurs coups parce qu’ils et elles induisent plus de désir chez leurs partenaires ? Cette idée se défend. Quand l’appétit va, tout va… au moins dans la théorie ! Mais si le désir participe du plaisir, on ne peut pas les limiter l’un à l’autre. Le bon coup ne limite rien. Au contraire, il ouvre des portes.

Et c’est sans doute plus dans ces fameuses portes ouvertes que dans les capacités physiques qu’on trouvera le bon coup. La sexualité est un apprentissage, l’intelligence est souvent décrite comme une capacité d’adaptation. Si nous sommes tous différents, le bon coup est-il avant tout fluide ? Est-il (ou elle) non seulement intelligent(e) émotionnellement, mais aussi physiquement et culturellement ? Revenons rapidement sur ces aspects : une intelligence émotionnelle permet de « lire » les réactions de ses partenaires (c’est un bon début, mais attention aux langages du corps pas toujours universels).

Une intelligence physique saura tirer le meilleur des morphologies en contact – un petit pénis fera des miracles, une ambidextre fournira les meilleures masturbations du monde. Mais, au-delà de nos fonctionnements personnels et uniques, si un amant ne comprend pas que le vagin active les racines du clitoris, ou que sa zone anale est connectée à son pénis, ou que la maîtrise du périnée, le serrage de la base des testicules, permet de retarder une éjaculation, le rapport est mal engagé (y compris dans la masturbation : car on peut être le mauvais coup de soi-même).

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Le bon coup contemporain n’est pas celui de 1917

Enfin, une intelligence culturelle fournira aux amants une boîte à outils amusante, infinie, et qui alimentera les autres intelligences. De même qu’en mathématiques nous aurons parfois plusieurs manières d’aboutir à un résultat satisfaisant, la sexualité repose sur plusieurs approches (je ne conseillerai jamais assez de s’intéresser à l’érotisme en général, comme champ transversal, géographique, historique, anatomique, psychologique, etc.). Si une sexualité coupe le corps de l’intellect, le réel du fantasme, la tension de la mollesse, le va du vient (je ne te hais point), l’alpha de l’oméga – alors ce sont des milliards de possibilités qui tombent. Peut-on prétendre être un bon coup dans un cadre aussi peu ambitieux ?

Ces connaissances seront évidemment mises à jour, parce que les études défilent, et les jouets, et les fantasmes, qui sont de formidables plates-formes de connexion entre les amants. Même si nous apprenons parfois dans la douleur et la maladresse (je vous renvoie à mon article sur les fiascos), nos remises en question font de nous tous, et toutes, des candidats à la virtuosité sexuelle (personne ne nous demande 500 parrainages, personne n’est refoulé à l’entrée).

La plus grosse remise à jour du dernier demi-siècle concerne le genre : le bon coup contemporain n’est pas celui de 1917. Il ne parle plus d’hommes et de femmes comme de catégories figées, aux préférences uniformes, et chacun son rôle, et l’actif-passif, et le pénétrant-pénétré – quel ennui ! Le paradigme ancien confond non seulement la pénétration avec l’à-coup (je bâille), mais aussi la sexualité avec la pénétration (rzzzz).

Par ailleurs, cette priorité au rôle actif serait aujourd’hui problématique : une femme anorgasmique pourrait plonger ses partenaires dans la béatitude totale ! Le bon coup contemporain ne se contente pas de donner, il prend. Et même, il rejette le « don » et la « prise » (on n’est pas à Wall Street) : il parlerait plutôt d’emprunts et de jeux. Car attention, si le bon coup donne du plaisir mais que seuls les hommes sont actifs (dans la sexualité hétérosexuelle traditionnelle), alors seuls les hommes peuvent être des bons coups. Et là, moi, je brûle votre soutien-gorge (le bon coup mâle contemporain porte peut-être des soutiens-gorge).

Le bon coup est un bon couple

Enfin, « le » bon coup ne peut pas se concevoir au singulier. Si un individu parvenait à envoyer tous ses amants, toutes ses amantes, au septième ciel, déjà j’aimerais rencontrer ce bienheureux (non, en fait : j’aimerais que ce soit moi), mais cela signifierait que « tout le monde » a des goûts similaires, des historiques similaires, d’éventuels complexes en commun… et que, in fine, nous sommes interchangeables. Pour l’interchangeabilité, merci, nous avons déjà l’ubérisation des rapports !

« Le » bon coup implique « une » recette du « bon sexe ». Le concept fait vendre des magazines, d’accord, mais je garde un doute – pourquoi continuerait-on à chercher la pierre philosophale du plaisir si nous la connaissions déjà ? On serait au courant, non ? Si l’humanité est parvenue à poser ses pattes sur la Lune sans réussir, jamais, à se mettre d’accord sur ce qu’est LA sexualité (LE bon coup), soit nous sommes tous des mauvais coups ou tous des imbéciles ou nous faisons preuve d’un redoutable acharnement dans la mauvaise volonté (cette option étant parfaitement envisageable)… soit la question n’a pas de réponse.

Dans ce chaos, je n’ai qu’une certitude. Dès lors qu’une personne se définit comme un bon coup, publiquement ou secrètement, elle est à mon humble avis, automatiquement, disqualifiée. Un bon coup ne s’autoproclame pas. Il ne doit son existence qu’au ressenti des autres, ponctuellement. Il appartient à un état transitionnel, une connexion : le bon coup est toujours, finalement, même pour un soir, un bon couple.

  • Maïa Mazaurette
    Journaliste au Monde

Source : Sexualité : qu’est-ce qu’un bon coup ?

20170321 – News / Pornographie : quelles conséquences sur la sexualité ?

ÉCLAIRAGE – Selon un sondage Ifop publié lundi 20 mars, un adolescent sur deux a déjà visionné une vidéo pornographique. Une pratique qui n’est pas sans conséquence sur la sexualité.

la consommation de porno entraîne une représentation erronée de la sexualité Crédit : HBO

Philippe Peyre

14 ans, c’est l’âge moyen du premier visionnage d’une vidéo pornographique. Selon un sondage de l’Ifop publié lundi 20 mars, un adolescent sur deux, en majorité les garçons, a déjà visionné une vidéo pornographique, la plupart du temps sur son téléphone portable. Rien de très étonnant jusque là, les études à ce sujet revenant régulièrement à la une de l’actualité.

Seulement, ce sondage nous apprend que si près d’un garçon sur deux (48%) et plus d’une fille sur trois (37%) estiment que la pornographie a participé à l’apprentissage de leur sexualité, il apparaît que 44% des adolescents ayant déjà eu des rapports sexuels ont reconnu avoir essayé de reproduire des scènes ou pratiques vues dans des films. 

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Cette pratique pose de sérieuses questions, tant les conséquences d’une consommation précoce de pornographie entraîne notamment une représentation erronée de la sexualité et également des troubles de l’érection.

Décalage entre fiction et réalité

En s’éduquant sexuellement à travers la consommation de porno, cela a pour conséquence directe de créer une représentation biaisée de la sexualité et des rapports entre hommes et femmes. « Les rapports entre hommes et femmes y sont faussés : les hommes sont des dominateurs toujours capables de donner du plaisir et les femmes des créatures toujours prêtes à dire oui ! », a expliqué Claude Rozier, sexologue et médecin de l’Education nationale, au magazine Psychologie.

De même, la plupart du temps, le porno met en scène des corps et des comportements qui n’existent pas dans la réalité. « Culte du corps, taille du pénis, durée et pratiques extrêmes confèrent aux pratiques sexuelles une dimension « no limit » qui peut bouleverser la conception de la sexualité dans la vie des couples », détaille la sexologue clinicienne Magali Croset-Calisto dans une tribune publiée sur le Huffington Post. Dès lors, la frontière entre fiction et réalité s’estompe au fur et à mesure que la consommation de porno augmente. Résultat, les hommes sont de plus en plus nombreux à se tourner vers des consultations spécialisées pour addiction sexuelle, renchérit la sexologue qui parle de « fascination » ou encore de « sidération précoce ».

Perte de libido

Ce constat selon lequel la consommation excessive de vidéos pornographiques fausse la réalité a été étayé par le Docteur Frédéric Saldmann, cardiologue et spécialiste des questions de santé le weekend sur RTL. « Lorsque des hommes regardent trop de porno, ils idéalisent une sexualité qu’ils ne pourront jamais atteindre. Ils souffrent de la comparaison avec les acteurs. Ils rentrent ainsi dans un monde fictif et la réalité, à côté du film, est toujours médiocre », a-t-il expliqué au micro de RTL au mois de février. 

Si le porno a des conséquences négatives sur la sexualité de par des représentations erronées, il entraîne également une perte de la libido et des troubles de l’érection. Selon une étude publiée en 2013 dans le Journal of sexual medicine, 25% des hommes de moins de 40 ans présentent des troubles de l’érection. Une statistique que la sexologue Magali Croset-Calisto attribue en partie à la consommation de porno à outrance. « Une consommation excessive de porno peut engendrer une dépendance accompagnée d’un effet de tolérance, lequel provoque une angoisse de performance fréquente chez les hommes face à l’enjeu de « tenir dans la durée » », a-t-elle illustré.

Des constats qui appellent à la plus grande prudence quant à la consommation de porno et particulièrement pour les plus jeunes qui construisent leurs représentations de la sexualité à travers des images biaisées et irréalistes. Une problématique dont s’est déjà saisie la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol, qui a annoncé lundi 20 février qu’elle souhaitait interdire l’accès des mineurs aux sites Internet qui diffusent ces images pornographiques.

Source : Pornographie : quelles conséquences sur la sexualité ?