Que pouvez-vous faire si un secret de famille vous hante ?

Le film « Everybody knows », présenté en ouverture du festival de Cannes mardi, met en scène de délicates affaires de famille, qui apparaissent soudainement au grand jour. L’occasion de nous interroger sur l’impact des secrets de famille.

Il est devenu un expert pour interroger les affres de la famille et du couple. Après ses films Le Client et La Séparation, l’Iranien Ashgar Farhadi a ouvert mardi le 71ème Festival de Cannes avec son film Everybody knows. Un polar qui nous plonge au cœur d’un vignoble espagnol, où les secrets de famille sont partout : un enlèvement, de vieux litiges autour de l’argent, des ventes contestées de parcelles de vignes qui pèsent encore sur les mémoires…

Mais les secrets de famille ne sont pas qu’une affaire de cinéma. Chacun d’entre nous peut, à un moment ou à un autre, avoir entendu parler d’un secret de famille, ces non-dits qui se transmettent parfois de génération en génération, et qui peuvent peser autant sur les détenteurs du secret que sur ceux qui l’ignorent. Si les films ou les faits divers (pensons à l’affaire Seznec, qui vient juste de rebondir) les exposent parfois sous les projecteurs, d’autres restent enfouis, peut-être à tout jamais. Et selon la manière dont ils sont accueillis, ils peuvent changer le cours de notre existence, voire celles de nos descendants, et nous hanter sur plusieurs générations. Comment l’éviter ? Europe 1 a tenté de percer le mystère de ces mystères.

Ce qui est souvent à l’œuvre dans les secrets de famille, c’est la honte

Un secret de famille, qu’est-ce que c’est ? Plusieurs cas de figures existent lorsque l’on parle de secrets de famille. Il y a d’abord les faits que nous pouvons nous-mêmes avoir commis et que l’on cache (une relation adultère, une période trouble de notre jeunesse, de l’argent mal acquis …). Il y a encore ceux dont a entendu parler et que l’on cache aussi, parfois sur plusieurs générations. Il y a enfin ceux qui remontent à un lointain passé, dont nous n’avons jamais entendu parler directement, mais dont on sent qu’ils pèsent encore sur notre famille, voire sur nous-même. « Les contenus des secrets de famille touchent essentiellement la mort, les origines, la sexualité, la stérilité, le divorce, la maladie mentale, le handicap, les transgressions morales et/ou juridiques, les revers de fortune « , observe Sylvie Angel, psychiatre et psychanalyste, citée par Psychologie magazine. Et d’ajouter : « Tout ce qui peut entacher l’image qu’une famille a d’elle-même, tout ce qui n’aurait jamais dû exister, tout ce dont on a honte. Même s’il s’agit d’un fait anodin ».

Quelle peut-en être la cause ? Face aux secrets dont on est au courant, la question à se poser est alors : pourquoi est-ce que je le cache ? « Ce qui est souvent à l’œuvre dans les secrets de famille, c’est la honte. C’est souvent elle qui pousse à ce que les choses restent secrètes », analyse pour Europe 1 la psychologue clinicienne Yvane Wiart, auteure de L’attachement, un instinct oublié.  « La honte entraîne la fuite par rapport à autrui, elle donne envie de disparaître. Sa mécanique est de dire : ‘je ne suis pas (ou plus) digne d’intérêt, digne d’amour’. Cela peut entraîner une douleur terrible, psychologique et physique, et mener à un comportement agressif. C’est pour cela que, souvent, un secret de famille peut donner lieu à des changements de comportements. A cause de la honte », poursuit la chercheuse.

Nous sommes moins libres que nous le croyons

Quid de ceux dont nous n’avons pas du tout conscience ? Au-delà des secrets dont nous sommes conscients, il y a encore des secrets que l’on ignore totalement, mais qui pourtant ont marqué l’histoire de la famille. Même si on ne s’en rend pas compte, eux aussi peuvent avoir une influence, directe ou indirecte, sur notre vie actuelle. La psychologue et inventrice de la psychogénéalogie, Anne Ancelin Schützenberger, a démontré dans ses ouvrages que certains de nos maux actuels peuvent avoir des résonances avec un secret de nos plus lointains aïeux, pourtant oublié depuis longtemps (voir encadré ci-dessous).

La mort cachée d’un enfant qui aboutit plusieurs générations après à la difficulté pour une jeune femme d’avoir un enfant, une trahison de guerre qu’un ancêtre a dissimulée et qui provoque des difficultés chez un descendant pour faire confiance à quelqu’un, un lointain adultère qui gâchent aujourd’hui nos relations de couple… Les exemples évoqués par les thérapeutes, surtout en psychanalyse, sont nombreux. Souvent, au début d’un suivi, le patient ne comprend pas l’origine de son mal. Puis au fur-et-à-mesure, il fait parfois le lien avec un secret qu’il avait oublié ou que l’on vient de lui révéler. « C’est une sorte de ‘loyauté invisible’ qui nous pousse à répéter, que nous le voulions ou non, que nous le sachions ou pas, des situations agréables ou des événements douloureux. Nous sommes moins libres que nous le croyons », lit-on dans Aïe, mes aïeux !, de Anne Ancelin-Schützenberger.

Comment expliquer l’impact de ces vieux secrets ? Il y a, parfois, une part de mystère derrière. Comment expliquer, par exemple, que certains descendants angoissent de mourir de la même manière que l’un de leurs ancêtres, alors que leur mort leur est inconnue ? Certains partisans de la psycho-généalogie font l’hypothèse que le secret va jusqu’à transformer profondément l’ADN de celui qui le détient, et que cela se transmet de génération en  génération. Mais pour d’autres spécialistes, c’est surtout la manière dont nos ancêtres ont accueilli l’évènement qui se transmet et nous fait souffrir, pas le secret lui-même.

Le secret de famille est souvent un bouc émissaire pour éviter de se poser des questions plus sensibles

« En raison de leur éducation, leurs mœurs, nos ancêtres ont pu ressentir de la honte face à certains évènements. Et c’est cette éducation, ces mœurs et cette honte qui se transmettent de génération en génération. Cela peut ensuite affecter la manière dont vos grands-parents ou vos parents vous ont éduqués, dont ils ont réagi face à certains comportements (en condamnant vivement des adultères, par exemple). Et au final, cela vous affecte aussi et influence votre comportement, ce qui peut vous faire souffrir, vous rendre agressif et avoir un impact sur vos proches. Le secret de famille est souvent un bouc émissaire pour éviter de se poser des questions plus sensibles, comme la manière dont vous ont éduqué vos parents », avance Yvane Wiart.

Quand faut-il révéler un secret ? Certains secrets de famille doivent être dits. Les secrets de famille engagent la responsabilité de celui qui les détient. Et les conserver peut avoir des conséquences lourdes. Les rubriques faits divers des journaux foisonnent de crimes dissimulés, de viols qui ont été tus, et d’enquêtes qui n’avancent pas. Une relation adultère « à risque » qui n’est jamais avouée peut aussi avoir des conséquences terribles, et c’est un impératif de santé de révéler un tel secret.

« Lorsque la souffrance s’impose, la nôtre ou bien celle de nos proches, et dont on peut supposer qu’elle a un lien avec notre secret, il faut briser le silence », avance le psychanalyste Bruno Clavier dans Psychologie magazine. La présence d’une personne tierce (un psy, un médecin, un membre de la famille neutre, par exemple) peut alors s’avérer utile pour aider à se confier. Et il est important d’avoir, autant que possible, l’accord de toutes les personnes concernées avant de le révéler.

La psyhogénéalogie pour repérer les secrets de nos ancêtres ?

La psychogénéalogie, inventée par Anne Ancelin-Schützenberger, fournit une méthode pour tenter de déceler si certains secrets ont particulièrement pesé sur notre famille. Dans Exercices pratiques de psychogénéalogie (2013), la chercheuse propose, à travers cinq leçons, de vous guider pas à pas pour vous aider à comprendre les liens tissés avec nos lointains ancêtres. Vous pouvez, également, vous faire accompagner par un professionnel. Lors d’une thérapie, le sujet est amené à dessiner son arbre généalogique devant un thérapeute, chargé de déceler un signe, un lapsus, une particularité.

« L’arbre agit en quelque sorte comme une interface de révélation. Il permet à la personne de symboliser et de mettre à distance les relations et événements familiaux », explique à l’Express Christine Ulivucci, psychothérapeute. « Le thérapeute n’a pas pour fonction de ‘dire’ à la place du patient’. Il ne le laisse pas errer non plus. Le but est d’accompagner, sans pour autant interpréter à la place de l’autre », poursuit la praticienne (plus de détails dans notre article ici).

Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ? Mais lorsqu’un secret nous hante, faut-il absolument le révéler pour s’en libérer ? Souvent, un changement de regard sur l’évènement que l’on cache et sur les raisons qui font que l’on en souffre suffit. « La clé, c’est de faire la différence entre la honte et la culpabilité », assure la psychologue Yvane Wiart. « La culpabilité, selon moi, porte sur les faits, alors que la honte est un jugement sur la personne elle-même. Si l’on se sent coupable de quelque chose, il suffit parfois de se rendre compte que l’on n’est pas une personne mauvaise pour autant, que la manière dont je réagis est peut-être influencée par la manière dont j’ai été jugé dans l’enfance, que le passé est derrière nous, et que l’on ne recommencera plus. La culpabilité est saine. C’est la honte qui nous fait souffrir de nos secrets et modifient nos comportements (ce qui peut, alors, faire souffrir nos proches). Quant à nos ancêtres, nous ne sommes pas responsables de ce qu’ils ont fait. De telles prises de conscience sont souvent libératrices », poursuit la chercheuse. Et d’enchaîner : « Dans certain cas, il vaut donc peut-être mieux assumer ce que l’on a fait ou se dire que l’on n’est pas responsable de ce que nos ancêtre ont commis et garder tout ça pour nous. Sinon, le risque est de décharger nos problèmes de conscience sur les autres, et de les faire souffrir également, bien plus que s’ils ne savaient rien ».

Il s’agit, donc, à chaque fois de se demander si les conséquences de l’aveu n’auraient pas plus d’impact négatif que le secret. Et si ce n’est pas, au bout du compte, la honte qui nous fait souffrir plutôt que le secret lui-même. Une honte qui peut disparaître après une prise de conscience : nous ne sommes pas ce que nous avons fait, encore moins ce que nos ancêtres ont fait. Et si nos ancêtres n’ont pas su faire une telle distinction et en ont souffert, il est temps de changer la donne pour soi.

>> Les conseils à retenir 

– Un secret de famille est souvent le fruit d’un événement dont on a honte et que l’on cache

– Bien souvent, c’est la honte (pas le secret) qui nous faire souffrir, affecte notre comportement et, ce faisant, nos proches

– À chaque fois, il est important de s’interroger : d’où vient cette honte ? De l’événement ou d’une mauvaise image de soi-même, des autres ?

– Pour chaque secret ancien, demandez-vous : quelle est la réaction de ma famille qui a pu entraîner mon mal-être actuel ?

– En cas de secret beaucoup trop lourd à porter ou qui engage votre responsabilité, vous pouvez vous faire accompagner par une personne tierce, neutre, pour le révéler

Source : Que pouvez-vous faire si un secret de famille vous hante ?

Avis Pimpf : Certains secrets peuvent avoir des effets dévastateurs, des générations après, il faut savoir aussi comment les transmettre…

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