20170604 – La Poste « veille » sur vos parents : 5 arguments pour comprendre la polémique – L’Obs

Les visites de La Poste doivent « maintenir du lien social », assure le groupe. (Groupe La Poste)

Entré en vigueur il y a quelques jours, le service « Veiller sur mes parents » de La Poste fait déjà débat. « L’Obs » vous présente les arguments de La Poste et des opposants à la mesure.

C’est un nouveau service de La Poste qui fait parler de lui. « Veiller sur mes parents », dernière offre dans la stratégie de diversification de l’entreprise, propose un service de visite à domicile pour les aînés. Bien pratique pour les enfants qui s’inquiètent et ne peuvent – ou ne veulent – rendre visite à leurs parents. Ce qui alimente d’ailleurs beaucoup la polémique.

Testée depuis plusieurs mois et généralisée à la France métropolitaine le 22 mai, l’initiative suscite en effet de nombreuses réactions – des plus dithyrambiques aux plus critiques. Qu’ils soient pour ou contre, « l’Obs » a listé les arguments du débat.

#POUR : rassurer les familles et les personnes âgées

Dans le détail, La Poste propose quatre offres (de 19,90 euros à 139,90 euros) pour qu’un postier rende visite à la personne âgée de votre choix entre une et six fois par semaine. En cas de pépin, le service permet aussi une téléassistance 24h/24 (qui peut joindre les secours), assurée par un sous-traitant. Après chaque visite, le facteur envoie un compte-rendu au souscripteur du contrat, précisant l’heure de la visite et l’état du visité.

Patrick Brilouet est syndicaliste à SUD. Il a exercé comme postier durant plus de trente ans à Nantes. Sur le fond, il estime que l’initiative a du bon : « s’inquiéter de nos aînés, c’est plutôt une bonne chose ».

Idem pour Mireille, citée par « Le Monde », qui a souscrit à ce service pour son père.

« Je cherchais quelque chose qui me sécurise. […] Le fait que ça soit La Poste a beaucoup compté dans mon choix. J’ai plus confiance que dans une aide à domicile. »

La Poste peut en effet compter sur la bonne image dont bénéficie ses employés à vélo. Un sondage TNS-Sofres de 2012 révélait que le facteur était « le deuxième personnage préféré de la vie quotidienne des Français ».

#CONTRE : privatiser la gentillesse

« Ce service n’a rien inventé », assure néanmoins Patrick Brilouet.

« Bien souvent, les facteurs qui ont des personnes âgées dans leur tournée s’intéressent déjà à elles. La relation entre le facteur et la population est quotidienne, on finit forcément par connaître des choses sur les gens. »

Lui estime qu’avec ces nouveaux services, « on cherche à faire du facteur un commercial ». « En ce moment, les facteurs sont incités à faire leur tournée en démarchant les personnes âgées pour savoir si elles sont intéressées », regrette le facteur militant, qui revendique avoir un « rôle social ».

« La Poste joue sur la relation humaine qu’on a avec la population et la dénature. Aujourd’hui, on ouvre toujours la porte à un facteur. Si on se met à vendre des tas de trucs aux gens,  j’ai peur qu’à terme on ne nous ouvre plus. »

Surtout que ce service ne sera pas accessible à tout le monde. Si l’offre de lancement démarre à 19,90 euros par mois (pour une visite hebdomadaire), les frais montent à 139,90 euros pour se donner bonne conscience six jours sur sept. Ce que déplore Patrick Brilouet :

« Vu le prix assez onéreux, ça va s’adresser à une catégorie privilégiée de la population. En tant que syndicat, je très attaché au service public. Là on en est loin, on est dans un service commercial pur. »

Du côté de la Poste, on fait valoir qu’il ne s’agit pas « d’une monétisation d’une pratique existante », mais bien de la « création d’un nouveau service ». Eric Baudrillard, directeur des services aux particuliers de La Poste :

« On ne dit pas que les facteurs ne doivent plus parler gratuitement aux gens qu’ils croisent. Cela va continuer. Mais là c’est un service régulier, avec des visites fixées à des jours réguliers, avec des comptes-rendus envoyés aux proches, avec un service de téléassistance. »

#CONTRE : quelle qualité du service ?

Si l’offre est séduisante, que vaut-elle par rapport à celle d’un(e) aide à domicile – qui propose aussi de passer du temps avec vos parents ? En termes de prestation, l’aide à domicile offre un soutien matériel dans la vie quotidienne (alimentation, toilette, déplacements, etc.) que ne prend pas en charge « Veiller sur mes parents », qui est assure uniquement le côté « lien social », rappelle Eric Baudrillard.

La durée de la présence auprès de la personne âgée n’est pas la même non plus. Les aides à domicile ne se déplacent qu’à partir d’une heure d’activité, tandis que les visites de La Poste durent « quelques minutes, entre 2 et 10/12 selon les cas, le temps de prendre et de donner des nouvelles », précise le directeur des services aux particuliers. Et pas question de faire des heures sup’. « Ce qu’on apprend aux facteurs c’est de mettre un terme poliment à la conversation quand elle s’éternise au-delà du raisonnable. »

Niveau prix, l’offre de La Poste n’est finalement pas si intéressante. Pour une moyenne de sept minutes de visite (sur la base des « 2 à 10/12 » qu’a indiqué Eric Baudrillard à titre d’exemple), et compte tenu des tarifs indiqués plus haut, le service revient grosso modo à 42 euros de l’heure (pour une visite par semaine) et 49 euros de l’heure (pour six visites). Eh oui, plus vous vous inquiétez pour Papa, plus vous mettez la main à la poche.

A titre indicatif, sur le site d’Age et perspectives, une agence de services à la personne, il est indiqué qu’une heure d’intervention d’une aide à domicile revient… à 11,50 euros à Paris (après déduction fiscale). Rappelons bien sûr qu’il ne s’agit pas des mêmes offres – l’argument principal en faveur de celle de La Poste étant la fréquence à laquelle le facteur peut discuter (rapidement) avec votre aïeul.

#CONTRE : Facteurs, pas médecins

Pour convaincre les facteurs – et les familles -, l’entreprise vante une triple formation. La première étape, sur internet, a été « co-construite avec le gérontopôle ‘Autonomie et longévité’ des Pays de la Loire ». Concrètement, il s’agit de conseils aux facteurs, sur « les bonnes postures d’écoute » et « les manières d’appréhender les personnes âgées ». Une deuxième étape, réalisée avant la première visite du facteur, doit permettre à un encadrant de « valider les acquis » de la formation en ligne en délivrant une « habilitation » au postier. Enfin, Eric Baudrillard assure qu’il sera possible de se « former en continu » lors de sessions d’entraînements dans les bureaux de Poste, à partir des retours sur expériences des facteurs.

« On n’est pas médecin, on peut pas savoir si la personne est en bonne santé », s’inquiète Patrick Brilouet. « Tout le monde n’a pas son certificat de secouriste, et ce n’est pas avec une formation ‘made in Poste’ qu’on va devenir des urgentistes aguerris », raille un autre syndicaliste SUD de la région lyonnaise, dans un billet publié sur un blog.

Quid d’une formation aux premiers secours pour les facteurs ? « On ne fait pas de formation médicale », précise Eric Baudrillard, qui assure quand même que « pour un certain nombre de cas – comme lorsqu’une personne tient à peine debout – il est évident que les facteurs doivent le signaler ».

Un point inquiète particulièrement ces derniers : l’engagement de leur responsabilité.

« Sachant qu’on est dans une société de plus en plus procédurière, à quel point notre responsabilité est engagée si le matin on a signalé qu’une personne allait bien, et que l’après-midi elle fait un malaise ? », se demande Patrick Brilouet.

Eric Baudrillard est catégorique.

« La responsabilité du facteur ne peut pas être engagée, seule celle de La Poste peut l’être. Par ailleurs, on ne demande pas au facteur de détecter des symptômes physiques de maladie, on est vraiment sur de la visite de lien social. »

#POUR : pas de surcharge de travail pour les facteurs ?

C’est l’autre grande inquiétude des intéressés : comment assurer sa tournée habituelle s’il faut s’arrêter plus longtemps ? Faudra-t-il travailler plus ? Pour quel salaire ?

Dans « Le Monde », les syndicats s’inquiétaient que le nouveau service « ne donne pas lieu à une rétribution supplémentaire et que leur tournée ne soit pas aménagée de façon à laisser plus de temps ».

Mais Eric Baudrillard promet qu’il n’y aura « absolument pas plus d’heures de travail », assurant que « la tournée du facteur sera adaptée en fonction du nombre de visites qu’il aura à faire ». Le cadre rappelle au passage que « 3.000 nouveaux facteurs » vont être recrutés d’ici la fin de l’année. En 2015, l’entreprise avait supprimé plus de 7.000 postes, rappelait l’AFP.

Mathilde Goupil

Source : La Poste « veille » sur vos parents : 5 arguments pour comprendre la polémique – L’Obs

Avis Pimpf : Le métier de la poste doit évoluer, l’acheminement du courrier ne sera plus suffisant dans quelques temps, est ce une bonne chose que cette méthode ? en sachant déjà que dans les petites communes le postier / la postière fait déjà souvent effet de liens social avec les personnes âgées ou en difficultés, alors si ça peut être une activité volontaire et rémunérée pour eux pourquoi pas ?

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