20170317 – News / 7 secrets de longévité de Depeche Mode, Les Echos Week-end

 

Karl de Meyer / Rédacteur en chef Les Echos Week-End | Le 17/03 à 06:00, mis à jour à 11:20

Quelque 37 ans après ses débuts à Basildon dans l’Essex, Depeche Mode publie son 14 e opus, « Spirit », avant d’entamer au printemps une tournée monstre – qui passera par le Stade de France le 1er juillet. Voici 7 raisons pour lesquelles « we just can’t get enough of them ».

01 – L’émulation créative
  • Morceau-clé : Suffer Well (2006), premier single écrit par Dave Gahan

Après le départ, dès 1981, du fondateur Vince Clarke, Depeche Mode (DM) – baptisé d’après un magazine français – va se structurer autour de la relation tumultueuse entre Martin Gore, l’auteur-compositeur qui aime à se présenter comme le cerveau de la bande, et Dave Gahan, le chanteur charismatique qui assure en concert. Andrew Fletcher sert surtout de stabilisateur. Au début des années 2000, Gahan veut prouver qu’il n’est pas qu’une voix et un déhanchement. En 2003, il publie un album solo, « Paper Monsters ». Il écrit ensuite régulièrement des titres pour les albums de DM. Une fois leur rapport rééquilibré, les deux hommes, comme dans un vieux couple, savent se donner de l’air. Martin Gore, marqué par ses années berlinoises, produit en 2003 un disque de reprises sublimissime de dépouillement, « Counterfeit2», et sort en 2015 un album instrumental ultracérébral, « MG ». Dave Gahan collabore depuis cinq ans avec les bien nommés Soulsavers.

02 – Le jeu scénique de Gahan
  • Morceau-clé : Never Let me Down Again, au Rose Bowl de Pasadena (1988), met le public en transe

Dans une industrie où les ventes d’albums souffrent, les tournées assurent d’importants revenus et, surtout, entretiennent la légende. Coup de chance pour DM, Dave Gahan est une bête de scène. On trouve sur YouTube une vidéo tournée au début de leur aventure, dans laquelle il explique que ses camarades « étant collés à leurs claviers, j’ai toute la scène pour moi et j’aime ça ». À maintenant 54 ans, il a gardé sa silhouette de jeune homme et ne se ménage pas sur scène. Un jour, mon corps refusera une performance de deux heures. Mais tant que je pourrai, je le ferai », témoigne-t-il. Pour durer, il a toutefois dû faire des efforts sur son hygiène de vie (voir n° 06). Quant à Martin Gore, il a su assurer une partie du spectacle avec ses audaces vestimentaires – on se souvient de sa guêpière.

03 – Une influence intergénérationnelle
  • Morceau-clé : Personal Jesus revu par Johnny Cash (2002)

Au fil des années, DM est devenu un groupe culte et les reprises de très haut niveau se sont multipliées. Ce n’est guère étonnant de la part de formations « de leur génération », comme les Cure avec The World in my Eyes ou les Smashing Pumpkins avec Never Let me Down Again. C’est plus inattendu de la part du bluesman Johnny Cash, qui livre en 2002 un Personal Jesus habité. « L’entendre reprendre ce titre a été l’un des plus beaux jours de ma vie », dit Martin Gore. La musique de DM a inspiré des musiciens de tous horizons. Les remixeurs autrichiens Kruder et Dorfmeister ont porté Useless à des hauteurs stratosphériques, la reine anglaise de la goth-pop Bat for Lashes s’est fendue en 2011 d’une version ensorcelée de Strangelove et en 2012 les Norvégiens de Röyksopp ont repris Ice Machine, face B de leur tout premier single, Dreaming of Me. Autant de « tributes » qui transmettent la flamme aux plus jeunes, notamment les Français Lescop et Tristesse contemporaine.

04 – Des vues politiques subtiles
  • Morceau-clé : Shame (1983), cri contre la pauvreté

Le groupe n’est pas véritablement engagé, ce qui ne l’empêche pas de faire passer des messages. Le premier single de « Spirit », Where’s the Revolution, est à écouter dans le contexte du Brexit et de l’élection de Donald Trump : « You’ve been lied to/You’ve been fed truths. » Quand, en février, Richard Spencer, le leader de l’alt-right, mouvance américaine cryptofasciste, a nommé Depeche Mode groupe officiel de son mouvement, les Anglais ont immédiatement récusé tout lien avec lui. Parmi les titres les plus politiques de leurs disques précédents : The Lanscape is Changing, charge contre la dégradation de l’environnement ; Everything Counts, critique du capitalisme thatchérien, People are People, plaidoyer pour la tolérance ; John the Revelator, réquisitoire contre la politique étrangère de George W. Bush.

05 – Une vidéographie remarquable
  • Morceau-clé : Strangelove (1987), quintessence du style Corbijn

De leur premier clip pour Just Can’t Get Enough jusqu’à Where’s the Revolution, DM a produit plus de 70 vidéos. Ces films déroulent un univers trouble et sombre, souvent sulfureux, qui se prête particulièrement bien au noir et blanc. Le groupe a noué une relation très privilégiée avec le photographe-cinéaste Anton Corbijn, obsédé du monochrome, passionné de musique. Le Néerlandais a tourné près d’une trentaine de vidéos pour DM, parmi lesquelles quelques chefs-d’oeuvre, de Personal Jesus à Enjoy the Silence, en passant par Behind the Wheel.

06 – Une sobriété chèrement acquise
  • Morceau-clé : Walking in my Shoes (1993), l’exposé du problème

Autant le dire : Gahan et Gore n’ont pas toujours bu que de l’eau minérale. Accro à l’héroïne, Dave Gahan a eu une crise cardiaque en 1993 en plein concert. En 1995, il se coupe les veines et en réchappe de peu. En 1996, à Los Angeles, c’est l’overdose : son coeur s’arrête de battre pendant deux minutes. Les secours parviennent à le ranimer et il gagne le surnom de « The Cat », puisqu’il semble avoir neuf vies. Martin Gore, lui, a depuis sa jeunesse un gros problème d’alcool. Les deux hommes, aujourd’hui pères de famille, sont désormais « clean ».

07 – La technophilie de Gore
  • Morceau-clé : Europa Hymn (2015), sur l’album solo de Gore, « MG »

Martin Gore, qui voue un culte à Kraftwerk, pionniers allemands de l’électronique, est un geek musical. Les machines lui apportent « une grande source d’inspiration » : « Le fait d’utiliser les nouvelles technologies fait de Depeche Mode un groupe toujours contemporain. » C’est au gré de ses découvertes et aussi au hasard des rencontres et des collaborations, que le groupe change de son, tantôt plus rock industriel, tantôt plus électronique, sans s’interdire une passade avec le grunge.

Source : 7 secrets de longévité de Depeche Mode, Les Echos Week-end

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