20160531 – Le pervers narcissique n’existe pas – Le Point

Mal du siècle ou invention bien commode ? Le psychanalyste Marcel Sanguet démonte le mythe du pervers narcissique. Un essai à contre-courant.

Séries télévisées, émissions radio, témoignages, livres, reportages, le pervers narcissique a colonisé l’espace médiatique, qui ne se lasse plus de raconter ses méfaits insaisissables. Cet être brillant, charmeur, dont la jouissance consiste à manipuler l’autre, aurait envahi les entreprises, les couples, les familles, les cours de récréation et les vestiaires des clubs de sport. Le pervers narcissique est partout.

Marcel Sanguet, psychologue clinicien et psychanalyste, examine l’épidémie ravageuse avec circonspection. Dans son ouvrage Le pervers n’est pas celui qu’on croit (éditions Eyrolles), l’auteur démontre que cette nouvelle figure de la psychopathologie du quotidien serait surtout une invention commode, une fable destinée à nous dédouaner de nos propres échecs. Notre époque aurait « inventé la catégorie morale du pervers pour la rendre responsable de nos maux », comme le début du XXe siècle popularisa l’hystérique pour dire le refoulement des désirs sexuels.

Créature fabuleuse

La fabrication du pervers a son utilité. « La notion de pervers, revisitée pour satisfaire à l’actuel mythe de la réalisation personnelle, qui suppose que tout est possible pourvu qu’on se donne les moyens d’y parvenir, permet de se dédouaner de nos médiocrités intimes : si la réussite n’est pas à la clef, la faute en incombe à ses pervers. » Autrement dit, sommés par la modernité de nous accomplir et de nous réaliser magnifiquement, il advient que nous demeurions englués dans nos banalités. Et ici surgit le pervers narcissique. C’est de sa faute – au bureau, à l’usine, en amour – si nous avons renoncé à atteindre nos buts, nos objectifs, notre chiffre d’affaires.

Nous vivons dans l’ère du « tout est possible ». « Que faire quand l’échec s’avance, quand le ratage pointe, quand la militation s’impose ? Deux solutions. La première est l’auto-accusation : le sujet n’est pas à la hauteur de ses attentes, il n’a pas atteint ses objectifs et ne doit s’en prendre qu’à lui-même », écrit l’auteur. C’est alors que se déploie la dépression. « La seconde solution, poursuit-il, est de désigner un autre, animé de malveillance et de la volonté de nuire, comme responsable de l’échec. L’invention du pervers devient une excuse de médiocrité. » La charge est vigoureuse, mais convaincante. Marcel Sanguet conclut d’ailleurs, non sans malice, que « la société fabrique à tour de bras des diagnostics de pervers narcissiques ». Sauf que « des pervers en chair et en os qui se réclament comme tels, il n’y en a pas. Curieusement, cette catégorie en plein essor n’offre que très peu l’occasion de rencontrer un de ses nombreux membres ». Le pervers serait une créature fabuleuse, une fabrication moderne. Un peu pervers, non, cette théorie ?

Source : Le pervers narcissique n’existe pas – Le Point

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